Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Le nœud gordien de la bibliothèque américaine

Clément Solym - 27.12.2011

Edition - International - Lecture numérique - Librairie - Edition


Le conflit entre les bibliothèques et les maisons d'édition rythme quotidiennement l'actualité littéraire américaine. Et pour cause, les ventes d'ebooks et de lecteurs numériques explosent pour Noël, permettant au second d'ignorer chaque jour davantage des premiers. Circonstance aggravante, les prévisions de ventes des tablettes Kindle d'Amazon ou du Nook de Barnes&Noble sont chaque jour revues à la hausse, et la vente de livres numériques connait une évolution similaire. 


Cet essor du numérique, qui représente aujourd'hui 15 à 20% des ventes de livres aux Etats-Unis, profite non seulement aux grandes maisons d'éditions mais aussi aux bibliothèques publiques, dont l'affluence sur leurs sites Internet devrait battre des records en cette fin d'année. En dépit de cela, les deux camps ne parviennent pas à un accord durable.

 

L'éditeur HarperCollins est l'une des rares grandes maisons d'éditions à avoir sauté le pas et passé un accord avec les bibliothèques publiques. Les termes du contrat sont simples. Jusque mars dernier HarperCollins vendait ses ebooks aux bibliothèques pour une utilisation illimitée. Mais depuis, l'éditeur a rompu la sacrosainte règle tacite qu'une bibliothèque pouvait disposer comme bon lui semblait d'un livre qu'elle a obtenu. Désormais, la limitation du nombre de prêts d'un ebook publié par HarperCollins est de 26.

 

 

Cet arrangement profite aux deux partis, à l'éditeur parce qu'il peut revendre plusieurs fois son ebooks aux bibliothèques et à ces derniers parce qu'ils bénéficient maintenant de d'avantages d'ouvrages numériques.

 

Mais cette situation est loin d'être la norme. Les éditeurs demeurent généralement inquiets de l'influence des bibliothèques dans l'expansion du livre numérique. De leur point de vue, il est trop facile d'emprunter un ebook à partir d'une bibliothèque publique. Ils craignent que les emprunts électroniques explosent car il est plus facile de cliquer sur une souris pour obtenir un livre que de « marcher ou conduire jusqu'à une librairie, puis de remarcher ou reconduire pour retourner (le livre) » précise Maja Thomas, vice-président d'Hachette, en charge de la section numérique. Le problème de l'augmentation du nombre de prêts de livres numériques ne se comprend qu'à partir du moment où elle induit une baisse du nombre de ventes, source principale des revenus des éditeurs.

 

Un rafraichissant retour aux sources

 

Une position défendue par  la maison d'édition Simon&Schuster dont les ebooks n'ont jamais été rendus disponibles en bibliothèque. Cette opinion est largement partagée par les grands éditeurs, qui pensent que le livre papier restera pour toujours le support de référence.

 

Mais devant l'augmentation de la part de marché du livre numérique et de l'importance que jouent dans ce phénomène les bibliothèques publiques américaines, il n'est pas certain que les éditeurs fassent le bon choix.

 

Or, pendant que les accords entre grandes maisons d'édition et bibliothèques restent au point mort, certains en profitent. Plus d'un millier de petits éditeurs, qui ne connaissent pas la responsabilité d'un best-seller, vendent désormais leurs ebooks aux bibliothèques sans se soucier une seconde du nombre de prêts autorisés ou autres considérations limitatives.

 

Reste, peut-être, à expliquer aux grands éditeurs que la vocation première de la bibliothèque est de faire découvrir de nouveaux auteurs à ses lecteurs, qui achèteront ensuite des livres...