"L'alphabétisation doit faire partie d'une politique de santé publique"

Antoine Oury - 24.07.2015

Edition - Société - lecture - santé - National Literacy Trust


Le National Literacy Trust est un organisme de charité britannique qui, comme son nom l'indique, se préoccupe des questions liées à l'alphabétisation. Un rapport a été publié sur ses effets sur la santé des populations, au Royaume-Uni. Sans surprise, des capacités de lecture faibles, ou même moyennes, ont une influence catastrophique sur la santé et les traitements médicaux.

 

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(Global Panorama, CC BY-SA 2.0)

 

 

L'alphabétisation est en premier lieu liée à la question livresque, mais ce serait oublier toutes les fois où la lecture intervient dans la vie courante. Les personnes avec un niveau faible en lecture sont ainsi 18 fois plus susceptibles de mal déchiffrer l'ordonnance du docteur ou de ne pas saisir les implications des symptômes associés au diabète ou à l'asthme. À leur corps défendant : cette catégorie d'individus signale volontiers que sa santé est « très mauvaise ».

 

Un terme est même apparu pour désigner l'importance de l'alphabétisation pour la santé publique : « La littératie en santé », qui se définit comme « les connaissances, la motivation et les compétences d'une personne pour accéder, comprendre et appliquer les informations relatives à la santé afin d'émettre des jugements et de prendre des décisions relatives aux soins médicaux, à la prévention des maladies ou à l'amélioration de la santé, afin de maintenir ou d'améliorer le niveau de vie tout au long de l'existence ». Inutile d'ajouter que l'alphabétisation apporte également une bonne dose d'autonomie, ce qui n'est pas négligeable dans le domaine de l'intime.

 

En 2012, le sondage European Health Literacy montrait que la moitié des adultes, dans 8 pays d'Europe, avait de sérieux problèmes de littératie en santé. Les problèmes moyens ou récurrents, eux, concernent pratiquement la moitié de la population, et plus spécifiquement des catégories précaires, à faibles revenus, ou des expatriés par exemple. Avec des conséquences mortifères : les habitants des quartiers défavorisés du Royaume-Uni ont en moyenne 7 années de moins à vivre que les mieux lotis.

 

Le NLT analyse ensuite les moyens de remédier à cette crise sanitaire : évidemment, éducation suivie et lecture quotidienne permettent de sortir la tête de l'eau, mais les interventions sont délicates, car elles nécessitent un important niveau de personnalisation. Les structures locales seront donc toutes désignées pour assurer ce travail, avec le soutien financier et logistique des pouvoirs publics, note le rapport.