Le New York Times chinois, immigré en terre de censure ?

Clément Solym - 29.10.2012

Edition - International - New York Times Gray Lady - Wen Jiabao - censure


Publier un article sur la fortune cachée du Premier ministre chinois Wen Jiabao, difficile de faire mieux lorsqu'il s'agit de s'attirer les foudres de la censure étatique. Le New York Times, dans ses éditions chinoises et anglophones, a présenté un article accablant sur les 2,7 milliards $ amassés par la famille Jiabao. Censure, déni et communiqué de presse, pour une affaire de gros sous et de gros titres.

 

After reporting on the enormous wealth that has been accumulated by the family of China's prime minister, Wen Jiabao: http://nyti.ms/SAFRLA China blocked access to the New York Times' websites: http://nyti.ms/SBRBO6

 

L'article en question du NYT, Divergence, CC BY-NC-SA 2.0

 

Il aura fallu 3 heures aux autorités chinoises pour bloquer l'accès aux sites chinois et américains du New York Times à la population : un article présente différents membres de sa famille « qui sont devenus incroyablement riches pendant son mandat ». L'article signé David Barboza semblait cependant attendu par les autorités : 3 jours avant sa publication, un message officiel faisait état de la transmission de documents sur le Premier ministre chinois aux médias étrangers.

 

Champion des réformes, Jiabao succède en effet dans des conditions troubles à Bo Xilai, qui chercherait à reprendre la main sur son adversaire à l'aide de ce genre de scandales... Le Premier ministre a bien évidemment démenti les informations du New York Times, avec l'annonce faite par 2 avocats dans le South China Morning Post : « Les soi-disant "richesses cachées" des membres de la famille de Wen Jiabao dans l'article du New York Times n'existent pas. » On fera difficilement plus concis.

 

D'après le New York Times, la majeure partie de la fortune familiale dormirait au sein de la compagnie d'assurance Ping An. Les avocats de la famille ont par ailleurs précisé que les activités commerciales de chacun « n'avaient rien d'illégal » et qu'ils continueraient à « disposer d'un droit de réponse relatif à d'autres rapports mensongers du New York Times et à se réserver le droit de le rendre pénalement responsable de ceux-ci ». 

 

Du côté du New York Times, Eileen Murphy a fait référence au journalisme d'investigation devenu la marque de prestige du journal, et Arthur Sulzberger, éditeur de la Gray Lady (surnom du NYT), a laissé entendre que des représailles du gouvernement chinois pouvaient être attendues. Toutefois, il est probable que Jiabao n'aille pas jusqu'au procès, pour éviter que l'affaire ne s'ébruite. Même si beaucoup sont déjà au courant dans le pays, via les réseaux sociaux ou le bouche-à-oreille.