Le Nobel de littérature Mo Yan et le Nobel de la Paix Liu Xiaobo

Clément Solym - 12.10.2012

Edition - International - Mo Yan - Liu Xiaobo - novel de littérature


C'est certain : 100 % des lauréats d'un prix Nobel sont heureux de recevoir la récompense, et la plupart d'entre eux sont débordés très rapidement, croulant sous les sollicitations et les messages de félicitations. Les autorités politiques ne manquent généralement pas à l'appel, mais dans le cas de Mo Yan, c'est un peu plus délicat...

 

Mo Yan en 2008 (Johannes Kolfhaus, Wikipedia)

 

En effet, l'écrivain chinois récompensé hier été congratulé par Li Changchun, responsable chinois... en charge de la propagande. « Le prix Nobel décerné à Mo Yan incarne la richesse de la littérature chinoise ainsi que le renforcement constant de la force et de l'influence internationale de la Chine en général », déclare-t-il, cité par l'agence Chine nouvelle.

 

Un Nobel de littérature, fierté des Chinois, certes, et celle du lauréat, évidemment. « En apprenant qu'on m'avait décerné cette récompense, j'ai été très heureux.  Je vais me concentrer sur la création de nouvelles oeuvres. Je veux m'investir encore pour remercier tout le monde », ajoute-t-il auprès de l'agence. 

 

Il est certain que cette récompense est bien plus consensuelle que celle du dissident Liu Xiaobo, pour lequel la Chine avait assuré qu'elle s'interposerait, dans l'idée où il serait le lauréat, en 2010

 

Pourtant, Liu fut bel et bien prix Nobel de la Paix et simultanément criminel condamné par la Chine et « par les sections judiciaires chinoises, pour avoir violé la loi en vigueur », expliquait le ministre des Affaires étrangères, en octobre 2011. Au point que durant la remise du prix, c'est une chaise vide qui faisait face aux jurés du Nobel. 

 

« La constitution chinoise impose à tout gouvernement en place de garantir les droits civils et politiques des citoyens, qu'il représente. Liu Xiaobo est le modèle même du citoyen, un homme sérieux, qui entend voir respecter les droits que lui confère la loi. Il devrait être admiré pour cela, et non jeté en prison. La Chine a besoin de citoyens comme Liu Xiaobo », déclarait alors l'organisation PEN International. Quelques mois auparavant, les éditions Bleu de Chine-Gallimard publiaient La philosophie du porc, ouvrage réunissant des réflexions sur la politique chinoise

 

Pour Mo Yan, la situation est un peu différente. On lui reproche quelques proximités avec le régime chinois, rattrapées par des propos subversifs, selon l'Académie Nobel. Pourtant, des écrivains chinois n'ont pas manqué de souligner son manque de soutien pour des auteurs réellement dissidents. Et à ce titre, que Mo Yan n'ait pas un mot pour Liu Xiaobo, toujours détenu dans les prisons chinoises était alors assez révélateur. 

 

« C'est en fait l'un des meilleurs choix que l'Académie suédoise ait fait, car il est brillant », assurait le sinologue de l'Académie, Göran Malmqvist. Et pour le Quotidien du peuple, organe de presse officiel du parti communiste, l'occasion est rêvée pour transmettre des félicitations soufflées par Pékin. De même, He Jianming, vice-président de l'Association des écrivains chinois, une organisation officielle, qualifie la remise du Noble d'« événement heureux pour la littérature chinoise ».

 

Fort heureusement, Mo Yan s'est rapidement rattrapé, sur la question de Liu Xiaobo. Rappelant que son prix n'a pas de vocation politique, il a également répondu aux critiques qui lui étaient adressées, soulignant que « certaines remarques de Mao sur l'art étaient raisonnables ». Mais pour Liu Xiaobo, Mo Yan a déclaré, depuis Gaomi, son village natal situé à l'est de la Chine : « J'espère qu'il va pouvoir retrouver la liberté aussi vite que possible. »

 

« Parce qu'un écrivain fait partie de la société, la vie qu'il décrit inclut la politique et toute une série de problèmes sociaux », a-t-il également expliqué à Dazhong Ribao. « Un écrivain qui s'intéresse à la société, auquel les souffrances des gens tiennent à coeur, doit évidemment être critique », ajoute-t-il.