Le Nobel Liu Xiaobo et son épouse Liu Xia toujours sous le joug chinois

Cécile Mazin - 09.12.2015

Edition - International - Liu Xiaobo dissident - Liu Xia dissident - Chine politique censure


Deux dissidents politiques chinois écroués, l’information est presque banale, alors que des centaines d’autres personnes sont emprisonnées en Chine. Des milliers ? Pour avoir incité à « la subversion du pouvoir de l’État », Liu Xiaobo, prix Nobel 2010 de la paix et son épouse Liu Xia, sont toujours sous les verrous, dans des conditions exécrables.

 

 

 

Le poète Liu Xiaobo a été incarcéré voilà sept ans maintenant, et sa conjointe maintenue en résidence surveillée, en toute illégalité : aucun élément n’a jamais été porté contre elle. Déjà, l’absence du poète lors de la remise du prix Nobel décerné en octobre 2010 avait déjà fait tache. Maintenant, la Chine est sommée de s’expliquer, affirme le PEN International. 

 

Selon les accusations portées contre lui, il serait reproché d’avoir appelé à une réforme démocratique à travers toute la Chine. Et comme punir un opposant au régime ne suffit pas, son épouse a également été placée sous surveillance depuis cinq ans, comme punition pour le travail de son mari.

 

Pour le PEN, cette situation vire à l’absurdité. Et surtout, l’état de santé de Liu Xiaobo devient particulièrement préoccupant – tant physiquement que psychologiquement. « Nous appelons les autorités chinoises à libérer Liu Xiaobo immédiatement et sans condition, ainsi qu’à lever toutes les contraintes imposées à Liu Xia », affirme le PEN. Et sa présidente, Jennifer Clement, d’ajouter combien ces deux « voix critiques » incarnent la résistance face au régime despotique chinois.

 

« Leurs mots résonnent à travers le monde et nous continuerons de lutter pour leur liberté, jusqu’à ce que la Chine prête à attention à notre appel. Ils peuvent être emprisonnés, mais nous ne les laisserons pas réduits au silence », jure-t-elle.

 

Le président du comité dédié aux emprisonnements, au sein du PEN, Salil Tripathi, poursuit : « Dans tout autre pays, Liu Xiaobo serait considéré comme un trésor national, et honoré. En Chine, cependant, on le maintient dans les fers. Son crime, s’il se peut qu’on le nomme ainsi, est d’exiger la liberté pour tous les Chinois », chose que refuse le gouvernement communiste. 

 

La note envoyée aux autorités chinoises a été cosignée par plusieurs auteurs internationaux, comme Margaret Atwood, Ian Rankin ou encore Yann Martel, et d’autres personnalités activistes du monde littéraire. 

 

La ville de Québec, lors de son festival Québec en toutes lettres, avait rendu hommage au poète, en plaçant une chaise vide, en son honneur. Sept chaises étaient réparties pour symboliser 7 auteurs victimes de l’oppression et condamnés pour crime de liberté d’expression...

 

Au sein de la collection « Bleu de Chine », les éditions Gallimard avaient fait paraître un recueil de poésie de Liu Xiaobo, Prix Nobel de la Paix 2010, avec une préface du Dalaï-Lama. L'ouvrage, qui sortira le 6 février 2014 prochain, a pour titre Elégies du 4 juin. Une date qui restait capitale dans la vie de Liu Xiaobo : celle à laquelle les troupes chinoises ont donné l'assaut face aux étudiants sur la place Tian'anmen, devant le mausolée de Mao.

 

Action chaise vide place d'Youville Justine Souque

Action Chaise vide - Justine Souque, CC BY SA 2.0


Pour approfondir

Editeur : Gallimard
Genre : litterature asie...
Total pages :
Traducteur : ghilem fabre
ISBN : 9782070137183

Élegies du 4 juin

de Liu Xiaobo

Surtout connu comme essayiste, critique et combattant pour les droits de l'homme, Liu Xiaobo est un poète à découvrir. La vie du lauréat du prix Nobel de la paix 2010 a basculé dans la nuit du 4 juin 1989, quand les troupes de la loi martiale ont donné l'assaut au mémorial des héros du peuple, dressé au milieu de la place Tian'anmen, devant le mausolée de Mao, en souvenir des martyrs des révolutions de la première moitié du XXe siècle. Replié sur les marches de ce lieu hautement symbolique, avec le dernier carré de citadins et d'étudiants grévistes de la faim, il a vécu dans sa chair l'écrasement sanglant du premier soulèvement pacifique de la population chinoise en faveur d'une démocratisation du système politique. La terreur de cette nuit-là ne l'a désormais plus jamais quitté. Liu Xiaobo a choisi de maintenir à sa manière le souvenir du 4 Juin, en rédigeant, à chaque anniversaire de l'événement, un poème à la mémoire des "disparus de l'injustice". Rédigé sur vingt ans, en prison comme en liberté surveillée, l'ensemble de ces vingt élégies ne constitue pas seulement la mémoire d'un monde réduit à l'amnésie, la conscience d'un monde sans conscience, mais un hommage d'une intensité poignante à l'égard des oubliés, des sans-voix.

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