Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Le nouveau GCSE britannique, nostalgique de l'impérialisme

Julien Helmlinger - 30.05.2014

Edition - International - Michael Gove - Royaume-Uni - Littérature


Outre-Manche, diverses commissions d'examen ont dévoilé cette semaine leurs nouvelles listes d'oeuvres au programme de la branche littéraire du General Certificate of Secondary Education (GCSE). Comme l'annonçait le secrétaire d'Etat à l'Education Michael Gove, ces moutures se veulent allégées en auteurs américains comme en littérature post-coloniale, pour remettre en avant Shakespeare et les auteurs britanniques du XIXe siècle. Le mouvement n'aura pas manqué de suscité un tollé. Selon certains critiques, le gouvernement actuel semblerait vouloir faire oublier la face sombre du passé colonialiste de l'empire.

 

 

La ferme des animaux, au programme

 

 

Le ministère de Michael Gove y sera donc allé de son protectionnisme littéraire, supprimant notamment les oeuvres de John Steinbeck et Arthur Miller du cursus. L'homme politique aurait également suggéré un programme scolaire d'Histoire célébrant avec nostalgie les réalisations de l'empire britannique. Pendant que les programmes d'austérité financière et les populismes d'extrème-droite sont en vogue en Europe, les détracteurs de cette orientation, comme le professeur Stephen Morton de l'université de Southamton, y verraient comme une invocation de la « Pax Britannica ».

 

Que ce soit dans les listes de l'OCR comme de l'AQA, le programme semble focalisé sur le Barde pour ce qui concerne les pièces de théâtre et sur les auteurs de prose romantique du XIXe siècle. Sans pitié pour les passionnés, les oeuvres de Steinbeck et Miller ont été éjectées du GCSE en dépit de leur popularité. Catégorie patrimoine littéraire moderne, du côté de l'OCR, on retrouverait toutefois un zest d'exotisme  en les figures de Meera Syal et Kazuo Ishiguro, ou encore de George Orwell, ce dernier étant natif d'Inde.

 

Si l'on se fie à ce qu'écrivait le critique littéraire Gayatri Spivak, dans un essai à propos des oeuvres de Mary Shelley et Charlotte Brontë, « il ne devrait pas être possible de lire de la littérature britannique du XIXe siècle sans se rappeler que l'impérialisme, prise comme la mission sociale de l'Angleterre, a été un élément crucial de la représentation culturelle de l'Angleterre pour les Anglais ». En somme, la littérature britannique aurait longtemps été définie par son caractère international, et il serait préjudiciable de l'oublier. 

 

Les nouvelles listes doivent encore être accréditées par le régulateur Ofqual. Elles ont été établies à partir de retours de professeurs, et il devrait toujours être possible aux élèves d'étudier d'autres textes. Il vaudrait mieux pour eux, s'ils veulent garder l'eprit ouvert. Comme le précise le ministère de l'Education, au moment de passer leur diplôme les étudiants auront à travailler sur deux textes qu'ils ne seront pas sensés avoir vu en classes, et ceux-ci pourront très bien ne pas provenir des listes officielles de lectures. 

 

Ce qui n'empêche pas certains récalcitrants de penser que les programmes scolaires sont devenus des instruments politiques du pouvoir en place.