Le Pass culture, “loin de répondre aux objectifs de démocratisation culturelle”

Camille Cado - 13.03.2019

Edition - Société - Pass culture débat - Pass culture inégalitaire - Pass culture critique


Lancé il y a déjà un peu plus d'un mois auprès de 10.000 jeunes testeurs, le Pass Culture continue de faire débat, et la France Insoumise s'est emparée du micro. Muriel Ressiguier (France insoumise, Hérault) interroge le ministère de la Culture concernant ce dispositif. Elle soulève des points d'inquiétude comme le renforcement des inégalités de capital culturel entre les jeunes, mais aussi entre les établissements culturels, sans oublier le recours aux entreprises privées. 

Muriel Ressiguier, via facebook


Assistera-t-on à la marchandisation de l’accès et aux renforcements des inégalités ? C’est ce que soulève la députée Muriel Ressiguier (France insoumise, Hérault) le 12 mars 2019. Dans cette question parlementaire, elle interpelle le ministère de la Culture, et pointe du doigt le Pass Culture et toutes ses dérives. 
 

Un dispositif public aux profits des entreprises privées 


« Le partenariat étroit qui lie dans le Pass culture la personne publique et les opérateurs privés laisse augurer d'un nouveau stade de marchandisation de la culture en France », introduit la députée de la France insoumise. Si le Pass Culture a été mis en place par un acteur public, c'était sans compter les partenariats privés. Un recours aux entreprises sous la forme de mécénat que déplore Muriel Ressiguier, qui parle même de « sponsoring privé ».

Car, s'il s'agit de l'argent public, « ces 500 € de pouvoir d'achat qui seront alloués à tous les jeunes Français de 18 ans doivent ainsi transiter par un compte de monnaie électronique. Ce système nécessite des partenaires bancaires pour gérer ces flux », explique la députée. Un intérêt pour les banques qui voient à travers ce Pass une possibilité de fidéliser ces jeunes à leurs services, une « intrusion des intérêts lucratifs dans ce dispositif ». 

« Une politique culturelle ne peut avoir de sens que si elle cherche réellement à émanciper les individus. Elle doit permettre de libérer les citoyens de l'influence des intérêts marchands », et non d'en être un partenaire. « La démocratisation culturelle est une noble entreprise qu'on ne peut confier aux entreprises », rajoute-t-elle. 

Muriel Ressiguier pointe aussi du doigt les dérives que pourrait connaître le Pass Culture. Les opérateurs du tourisme « se sont déclarés ouverts à une participation » en cas de succès du dispositif, s’inquiète la députée.

« Il en est de même pour plusieurs grandes entreprises qui y voient l'occasion de décalquer à une échelle plus vaste ce qu'elles font déjà en interne en orientant la consommation culturelle de leurs salariés, notamment au sein des comités d'entreprise. »
 

Un renforcement des inégalités culturelles


Ressiguier continue par la condamnation des inégalités qu'entraînerait le Pass Culture, avec en premier lieu, une « inégalité de capital culturel entre les jeunes ». Car si ce dispositif tend à l'égalité, en donnant la même somme à tous les étudiants âgés de 18 ans, l'équité et la justice sociale semblent bien mises à mal. 

En vertu d'une démocratisation culturelle, elle prône de meilleurs moyens ciblés pour rendre la culture accessible aux publics les plus éloignés des centres culturels, aussi bien socialement que géographiquement. 

En plus, certains étudiants bénéficient déjà d'offres culturelles, explique-t-elle.  Par exemple, à Strasbourg ou à Lyon, mais aussi dans la région Occitanie où les lycéens bénéficient de la carte jeune région Occitanie, et les étudiants de la carte YOOT, des cartes leur donnant accès à une offre culturelle à des tarifs exceptionnels.
 
« Plus encore, continue-t-elle, le Pass culture entérine des inégalités de fait entre les établissements culturels, qui ne possèdent pas les mêmes moyens de se faire connaître et de se montrer attractifs aux yeux des jeunes. » Le risque serait donc que le procédé profite aux grandes industries culturelles et aux géants du numérique, des acteurs qui sont déjà bien actifs et ancrés sur le marché, faisant encore plus d'ombre aux plus petites structures. 

La stratégie retenue par le ministère souffrirait ainsi d'un manque de « certaines limites ». « Il est par exemple possible à ce stade de s'abonner à une chaîne de télévision par péage en utilisant la cagnotte du Pass », précise Muriel Ressiguier.  

Aucune réponse de la part du ministère de la Culture n'a encore été donnée. 
 


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