Jeff Bezos vient gérer en urgence une crise de communication en Italie

Nicolas Gary - 02.06.2015

Edition - International - Amazon Italie - Jeff Bezos - fraude fiscale


Il ne pleuvait pas ce jour-là sur l’Italie, mais Martin Angioni a tout de même dégainé le fameux « geste du parapluie ». Le numéro Un d’Amazon Italia a quitté la société en urgence. À l’occasion d’une interview menée par un journaliste de la Rai 3, sur l’enquête diligentée par la Commission européenne, le responsable a répondu avec ses mots, à la question des paradis fiscaux.

 

 

L’émission fut diffusée le 29 mars, et le reportage sollicitait donc le responsable italien d’Amazon sur l’optimisation fiscale, et la présence du siège de la société au Luxembourg. La conversation est tout d’abord sympathique, on sourit, et puis, le ton monte, le langage suit. Les expressions de langage sont connues : non, Amazon ne nuit pas aux librairies locales. Est-ce que l’édition a été en mesure d’innover jusqu’à présent ? « Disons que c’est un monde qui a eu une vie facile jusqu’ici. Maintenant, il est crucial de rendre la vie plus facile au client. »

 

Sur les enquêtes, la relation d’Amazon avec les autorités fiscales, Angioni explique : « Ils sont restés trois ans à nous casser les couilles, et n’ont rien trouvé. » Manifestement, il ne se rend plus compte que la caméra tourne, et que le micro est allumé. Il s’agace alors un peu plus et BOUM, la faute de communication ultime. Sans joindre la parole au geste, Martin Angioni dégaine un « vaffanculo », que l’on n’aura pas besoin de traduire, l’image est explicite.

 

Amazon Italie Martin Angioni

 

Déjà, en mai 2012, à l’occasion du Salone del Libro, Angioni s’était fait remarquer : « Qu’ont fait [les éditeurs] au cours des trente dernières années, pour développer le marché des lecteurs ? Absolument rien ! » (via Lettera)

 

Choisi comme directeur territorial en février 2011, Angioni avait pour mission d’introduire le commerce électronique en Italie, et la vente de livres plus spécifiquement. Tâche complexe dans un pays qui pratique encore très peu l’achat en ligne. Il venait du groupe Mondadori, et la division Electa, dédiée au livre d’art, dont il fut directeur durant cinq années, au bureau de Paris. 

 

Peu après le scandale, le 9 avril, Jeff Bezos s’est rendu en Italie, débarquant de son jet privé, pour un voyage flash éclair de six heures. L’occasion de visiter un entrepôt de 4500 m2, qui compte 200 employés – 500 prévus à l’échéance de 3 ans. Aux côtés du patron, des employés souriant, pour la photo. Une sorte de communication de crise... (via Il Corriere della sera)

 

 

 

 

Officiellement, la société Amazon n’a pas fait de commentaire, mais « réprouve ce type de comportement entre ses dirigeants et la presse ». 

 

Pour remplacer en urgence le départ précipité, c’est à François Nuyts que le poste est revenu. Arrivé en juillet 2005, il avait pris la direction d’Amazon Espagne en septembre 2011. Il est désormais President & Managing Director, pour l’Espagne, et l’Italie, comme le confirme son profil Linkedin – et ce changement est intervenu voilà deux mois.