Le patron d'Aristophil, Gérard Lhéritier, mis en examen pour escroquerie

Antoine Oury - 06.03.2015

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La société Aristophil, créée en 1990 par Gérard Lhéritier, proposait à des épargnants de placer leurs fonds sur des manuscrits et des livres rares, afin d'obtenir des retours sur investissement de 8 à 9 %, d'après la société. La justice a ouvert une enquête sur Aristophil, et mis en examen son fondateur, suite à des soupçons d'escroquerie.

 

 

Paris 2014 lettres et manuscrits 03.jpgLe Musée des lettres et Manuscrits, en 2014 (Hadonos, CC BY-SA 3.0)

 

 

Ce jeudi 5 mars au soir, Gérard Lhéritier, mais aussi sa fille, responsable de la gestion des collections, et l'expert-comptable de la société ont été mis en examen. Le juriste et un libraire expert ont également été interrogés par une magistrate, rapporte l'AFP. Gérard Lhéritier « s'est vu imposer un cautionnement de 2 millions d'euros dans le cadre de son contrôle judiciaire », précise l'agence, « [s]igne de l'énormité des sommes en jeu ». 105 millions € d'avoirs bancaires ont également été saisis, ainsi que 13 millions € de biens immobiliers, et des lettres et manuscrits.

 

Une enquête préliminaire sur la société avait été lancée en mars 2014, et la justice a jugé que les éléments étaient suffisamment solides pour lancer une information judiciaire, portant sur des soupçons d'escroquerie en bande organisée, de présentation de comptes infidèles, de pratiques commerciales trompeuses, d'abus de biens sociaux et d'abus de confiance.

 

En novembre 2014, le Musée des Lettres et des Manuscrits, fondé par Gérard Lhéritier, avait fait l'objet d'une perquisition menée par la brigade de répression de la délinquance économique, tout comme les domiciles de Gérard Lhéritier et de l'expert-comptable de la société. Le fonctionnement était simple : le musée ouvrait une forme de souscription auprès de différents investisseurs, qui disposent d'une partie de l'œuvre achetée, dans une indivision de cinq années. Cependant, l'ouvrage lui-même restait dans les murs du musée. En tant qu'œuvres d'art, les œuvres ainsi achetées sont exemptes d'impôts, offrant alors une solution intéressante. 

 

Aristophil utilisait un argument similaire : pourquoi investir dans la pierre ou les actions, quand le papier devenait un investissement sûr ? Après achat de parts, l'investisseur se voyait proposer un retour sur investissement, à la hauteur de 8 % à 9 % annuellement, soit un joli pactole promis, mais sans garantie de résultat. Un modèle qui ne plaisait pas trop dans le monde des bibliophiles, et, depuis plusieurs années, faisait l'objet de suspicions diverses et variées. 

 

Des soupçons à la peau dure

 

À l'époque de la perquisition, l'avocat du Musée, Me Francis Triboulet assurait : « L'activité d'Aristophil est absolument transparente et les enquêteurs ne vont rien découvrir qu'ils ne sachent déjà. Depuis qu'elle existe, la société fait l'objet de contrôles très serrés, de l'Autorité des marchés financiers (AMF) aux services douaniers et jamais aucun reproche n'a été fait. »

 

Les autorités soupçonnent néanmoins la mise en place d'un système désigné sous le nom de « Pyramide de Ponzi » : « Aristophil est un château de cartes qui menace à tout moment de s'écrouler, s'inquiète l'un d'entre eux. Pour l'instant, le système tient, car Aristophil, principal acteur du marché, fait monter artificiellement les prix en achetant à prix d'or certains manuscrits. Une bulle spéculative entretenue grâce à l'argent des nouveaux investisseurs, qui permet à la société de surenchérir lors de toutes les grandes ventes publiques », expliquait un spécialiste au journal Le Point en novembre 2014.

 

Cet automne, Aristophil assurait avoir en dépôt ou en propriété environ 135.000 documents et manuscrits. En 2013, la société a réalisé un chiffre d'affaires de 166 millions € pour un bénéfice de 3,5 millions €, d'après l'AFP. Les policiers ont comptabilisé à ce stade 18.000 souscripteurs ayant conclu des contrats pour un montant de 850 millions d'euros, selon une source judiciaire. D'autres contrats étaient en cours de finalisation, pour un montant de 600 à 700 millions €.

 

Nous ne sommes pas parvenus à joindre la société pour obtenir des réactions.