Le patron des libraires allemands fustige éditeurs et politiques

Nicolas Gary - 24.02.2013

Edition - Librairies - Allemagne - Amazon - Alexander Skipis


Il fallait bien se dire que l'affaire Amazon en Allemagne ne s'arrêterait pas là. Après l'intervention de la chancelière Angela Merkel, réclamant des comptes à la firme, quant au recours à une société de sécurité, soupçonnée d'accointances néo-nazies, les réactions se... font particulièrement rares. Ainsi, c'est le chef du Börsenverein, l'association des libraires allemands qui éreinte politiques et éditeurs, parce qu'ils ne donnent pas leur opinion sur l'affaire Amazon.

 

 

Gedruckt

Max Braun (CC BY-SA 2.0)

 

 

Alexander Skipis ne fait pas dans la dentelle du tout. Et à l'occasion d'une réunion, le directeur général de l'Association des éditeurs et libraires allemands a tout bonnement fustigé les éditeurs, trop proches de leur nouvel ami, Amazon, et bien prompts à oublier les alliances anciennes, avec la librairie physique, qu'ils perdent de vue.

 

Petit retour dans le contexte, d'un documentaire diffusé sur la chaîne ARD : 

 

« Recherche agent de sécurité, crâne rasé et bottes en cuir demandées. Ratonnade à prévoir, sang impur s'abstenir » : bientôt de telles annonces de recherche d'emploi dans les bases de données d'Amazon ? Le poste que la firme a confié à plusieurs cerbères du service de sécurité HESS Security (un nom vraisemblablement hommage à Rudolf Hess, proche d'Hitler) s'apparente en tout cas à des menaces pures et dures : ces « gardiens » seraient chargés de motiver la main d'oeuvre, surtout d'origine étrangère, à l'aide d'intimidations en tout genre.

Ce scandale a été mis à jour par la chaîne de télévision allemande ARD, dans un documentaire consacré à Amazon, à ses centres de distribution, ainsi qu'au traitement qu'il réserve à ses quelque 5000 employés temporaires. Les bouledogues de chez HESS Security effectueraient régulièrement des rondes dans les cuisines et chambres des travailleurs, et cela pour vérifier l'efficacité, tout autant que la fidélité, à leur patronne multinationale. « Beaucoup de ces travailleurs sont terrifiés » note laconiquement le documentaire. (voir notre actualitté)

 

C'est dans ce contexte qu'Alexander Skipis évoque ainsi une majorité silencieuse d'éditeurs, qui se gardent bien du moindre commentaire sur cette histoire - et joyeux hasard du calendrier, sa prise de parole intervient alors que la procédure d'infraction de Bruxelles, contre la France et le Luxembourg a été transformée en plainte par les autorités de la Commission européenne. L'occasion pour Skipis de soutenir, une fois de plus, la nécessité d'harmoniser les taux de TVA pour le livre papier et numérique, contre l'avis de la Commission européenne. 

 

Jacques Toubon l'avait confirmé en début d'année à ActuaLitté : « Les Allemands sont déterminants sur toutes ces questions numériques et culture. J'ai le sentiment qu'ils ont fait des mouvements, en direction de nos positions, du moins ont-ils pris en compte les enjeux, sur la fiscalité entre autres. Ils sont de plus en plus sensibles à l'idée que l'on ne peut pas brader aux sociétés la valeur de nos contenus culturels, livre ou cinéma. »  

 

Des politiques à la traîne, sur tous les secteurs

 

Sur cette question de la TVA, il ne ménage pas non plus le gouvernement, qui « est en retard, alors que nous lui demandons depuis des années de mettre l'accent » sur la question de l'harmonisation. Un enjeu majeur qui « affecte en fin de compte la diversité de l'offre culturelle », rien que cela. « Mais même dans ces circonstances, [la réponse est] le silence », conclut-il.

 

De son côté, Alexander Skipis ne s'arrête pas non plus au rôle des éditeurs dans cette affaire, et leur étrange silence. Si les maisons n'ont toujours pas le courage de mettre un terme à leurs accords avec Amazon, ils ne font que conforter son monopole - qui au même titre que d'autres firmes américaines, profite d'optimisations fiscales qui se déorulent au détriment des acteurs nationaux. Et là encore, ce sont les politiques qui sont incriminés

 

L'enquête sera de toute manière ouverte, suite au reportage diffusé sur la chaîne ARD. De son côté, la société HESS, prestataire employé par Amazon et mis en cause, a nié que ses employés soient liés à des groupements néo-nazis, mais a reconnu avoir fait des descentes dans les chambres qui accueillaient les salariés intérimaires. Les actes de violence n'ont pas été cependant avoués.

 

Pour sa part, la chancelière allemande Angela Merkel a exigé une explication d'Amazon, qui a promis de mener une enquête interne pour déterminer ce qui s'est réellement passé. Et la firme n'a pas tardé à réagir : « Amazon a obtenu que le service de la sécurité, critiqué, ne soit plus longtemps à son service, avec un effet immédiat. En tant qu'employeur responsable de quelque 8000 salariés dans la logistique, Amazon applique une tolérance zéro face à la discrimination et l'intimidation, et attend le même comportement de la part de toutes les entreprises qui travaillent avec nous. »

 

Le Buchreport publie l'intégralité de sa lettre, en allemand