Le PDG d'Editis soutient sans "ambiguïté" Hachette face à Amazon

Clément Solym - 20.10.2014

Edition - Les maisons - Alain Kouck Editis - livre numérique éditeur - offre France consommateurs


Dans le conflit qui oppose aux États-Unis Hachette Book Group à Amazon, « l'Europe est concernée, la France aussi », explique Alain Kouck, PDG du groupe Editis, invité par le Figaro à s'exprimer. De quoi assurer au PDG de Hachette Livre, Arnaud Nourry, que le deuxième groupe éditorial français soutient sans « ambiguïté » son confrère dans cette phase de négociations âpres. 

 

 

 

 

Le PDG évoque les nouvelles fonctionnalités du monde numérique, et les relations entre auteurs, éditeurs et lecteurs, qui « sont en jeu », et qu'ont pourtant permis Internet. Le e-commerce a apporté de nouveaux marchés, la diffusion en format numérique a apporté l'essor de l'autopublication, quand les réseaux sociaux interviennent dans la prescription. Autant dire que, oui, le monde du livre est bousculé dans ses approches traditionnelles. 

 

Mais voilà que des acteurs américains géants « ont pris la gestion de ce rapport avec le consommateur ». Et dans un second temps, cherchent à transformer un marché de l'offre – celui de l'édition – en un marché poussé par la demande. 

 

Pas de problème pour évoquer le mot « produit » quand on parle de livre, mais le PDG d'Editis se montre sensible à ce que l'on inverse les tendances anciennes en basculant vers un marché de la demande, et « le pluralisme absolument indispensable à l'édition ». De là, une nécessité : parvenir à préserver le rôle de l'éditeur. 

 

Le livre, estime-t-il est « un des produits qui a le moins évolué », sur la question du prix, soulignant que le livre de poche est proposé pour 6 ou 7 €. Effectivement, en moyenne, ce dernier serait proposé pour 6,5 €. Sans oublier que la France a aussi su se distinguer en arrivant à proposer des livres numériques en moyenne vendu à 15 € – et le poche est quant à lui proposé douze, voire dix-huit mois après la sortie du grand format. 

 

Toujours sur le conflit Hachette/Amazon, Alain Kouck salue « la réaction des auteurs qui est absolument exemplaire sur ce point », démontrant que « la création c'est un petit peu autre chose », que la simple commercialisation des livres. La nouvelle donne, c'est qu'Amazon se positionne tout à la fois comme client des éditeurs, mais également éditeur lui-même – du moins fournisseur de contenus.

 

Kindle Unlimited, un simple prologement

 

Et dans le même temps, les marchés du livre étaient plutôt orientés de manière nationale – langue, culture, etc. « Aujourd'hui, les marchés deviennent, grâce ou à cause d'Internet, mondiaux. » C'est d'ailleurs par ce même canal que se propagent les offres d'abonnement de livres, dont Kindle Unlimited fait partie, qui arrive « sans surprise », note Alain Kouck. Après tout, les activités Club de France Loisirs étaient d'autres formes d'abonnement. 

 

La nouveauté serait donc plus dans la forme que dans le fond. « Ces nouvelles fonctionnalités, nous sommes obligés de les intégrer, parce que ce sont aussi des offres faites aux lecteurs. » Editis ne combat donc « rien du tout », mais agit avec une préoccupation, « que les œuvres de nos auteurs, dans lesquelles on investit, puissent rencontrer leur public ». Pas dans n'importe quelles conditions donc... 

 

Or, pour le PDG, il ne faut pas omettre le réseau de libraires, et le foisonnement de points de vente que représentent les maisons de la presse. Sauf qu'il n'est pas que question de résistance, mais « de pouvoir s'approprier ces nouvelles formes de commerce parce que le consommateur, in fine, fera le choix ». S'il n'est « jamais facile de réaliser une transition », les analyses originelles donnant les grandes librairies perdantes et les chaînes préservées, face à Internet, se sont trompées. « C'est faux de dire que l'on n'est pas dans la modernité », affirme-t-il.

 

Puis, la question fatale : avec 3 % du chiffre d'affaires d'Editis réalisé en numérique, la transition irait moins vite que ce qui était annoncé. D'autant plus que les supports sont là. Mais le patron d'Editis ne semble pas envisager que la politique tarifaire, couplée à celle des DRM, puisse avoir freiné les ardeurs des uns, et stimuler le piratage des autres ? « C'est le comportement du lecteur qui est déterminant. » Dont acte. 

 

Grâce à des notes habiles, le PDG insistera sur la réussite, chez Nathan Jeunesse de Nos étoiles contraires, dont il espère que le titre atteindra les 600.000 exemplaires vendus, alors que la trilogie Divergente, aussi chez Nathan, a atteint les 500.000 exemplaires. 

 

L'ensemble de l'échange est à retrouver à cette adresse.