Le PDG de Hachette attaque de nouveau le Salon du livre

Nicolas Gary - 24.03.2014

Edition - Société - Arnaud Nourry - salon du livre de Paris - Frédéric Mitterrand


C'était le jour de l'inauguration, alors que la présidente argentine, en compagne de Jean-Marc Ayrault et Aurélie Filippetti, parcourait les allées de la plus grande librairie de France. Dans Challenge, trois pages étaient consacrées à l'empire Hachette Livre, et son président, Arnaud Nourry. Dans l'article, le PDG ne se montre pas très tendre vis-à-vis de la manifestation parisienne, dans un exercice très similaire à celui déployé... en 2010.

 

 

Arnaud Nourry (Hachette Livres) et Xavier Darcos
Arnaud Nourry et Xavier Darcos, 

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

Souvenirs, souvenirs : le groupe Hachette avait décidé de se retirer de l'édition 2010. À l'exception de la maison Pika, qui fêtait son anniversaire, et d'un stand institutionnel, les maisons du groupe ne prendraient part aux réjouissances. Le coût pour le groupe était de près de 600.000 €, et le président Nourry expliquait alors : « Ce n'est pas définitif. Il y a des années que nous appelons les organisateurs à entamer une réflexion. Nous souhaitons juste que le Salon se renouvelle et attendons de voir les projets pour 2011. » Reste que, dans le florilège de petites piques bien senties, portées contre le Salon, on pouvait lire « Le salon n'est qu'une chasse à l'autographe. » Et on en passe, et on en oublie...

 

Cette édition 2010 avait d'ailleurs été très mouvementée : les éditeurs indépendants de l'Association L'autre livre, avaient interpellé le ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand, et Serge Eyrolles, alors président du Syndicat des éditeurs. De leur point de vue, il fallait parler d'une « censure économique », alors que le prix des stands était difficile à supporter. Notons que L'Autre livre a annoncé, pour l'année 2015, qu'il ne se présenterait pas à la manifestation...

 

Pour faire face aux attaques, Jean-Daniel Compain, directeur général du pôle culture, sport et loisirs de Reed Expositions, société organisatrice du Salon, avait répondu dans une lettre ouverte

 

De façon systématique, Hachette Livre (ou plus exactement sa direction) dénigre dans différents médias le Salon du livre de Paris.

Rappelons avant tout que Paris a la chance d'accueillir le plus grand Salon grand public en Europe dédié au livre et à l'édition et que cela réjouit la très grande majorité des éditeurs français attachés à sa place de grande capitale culturelle.

 [...]

En revanche, voir Hachette Livre chercher à tout prix à entraîner les autres éditeurs dans son sillage et dénigrer l'événement que les exposants du Salon et l'organisateur que nous sommes préparent avec enthousiasme et professionnalisme, et que les visiteurs attendent avec impatience et passion, nous contraint à réagir ouvertement.

Nous vous demandons donc de cesser votre campagne de dénigrement contre le Salon du livre.

 

"Au moins, le machin permet de parler des livres' (Général de gaulle)

 

À l'époque, le Salon avait servi de lieu de règlement de comptes, entre le PDG et le syndicat de l'édition. Mais que se passe-t-il alors quatre ans plus tard ? Selon l'article de Challenges, le P.D.G. de Hachette Livre ne verrait pas l'intérêt de la manifestation. Il aurait également « oeuvré pour tenter de faire évoluer la formule. En vain », écrit le journaliste. 

 

Et d'ajouter une couche supplémentaire : 

 

"Les éditeurs y dépensent beaucoup d'argent, sans aucune perspective de business. Sur le marché des cessions de droits d'auteur, le rendez-vous parisien est inexistant face aux Foires de Londres et surtout de Francfort. « Mais au moins, il permet de parler des livres », raisonne-t-il."

 

Lors de l'inauguration de l'édition 2010, le ministre Frédéric Mitterrand, qui déplorait de ne voir que le stand institutionnel de Hachette, avait eu ce joli commentaire : « Quand certains éditeurs remplacent leur stand par un guichet de la sécurité  sociale, c'est regrettable, un stand sans livres, c'est comme un guichet de la  sécurité sociale. » Le P.D.G. de Hachette souhaiterait-il qu'on assiste à un Salon sans livres ?

 

« Certainement pas », répond le Salon de sa grosse voix, mais un peu fatiguée par ses trois jours. « La logique de Monsieur Nourry ne change pas, c'est un discours que l'on entend régulièrement. Peut-être se méprend-il sur l'importance que peut avoir cet événement pour de petits éditeurs, qui pourraient par la suite devenir grands. Quand on est un groupe international, impliqué dans de nombreux domaines, ce Salon n'apporte peut-être pas de visibilité supplémentaire, et peut effectivement représenter un certain coût. Mais il est vrai que l'on demande rarement à un éléphant qui écrase une fourmi de présenter ses excuses. »  

 

Ce sont les petits éditeurs, les fourmis en question ? Pour l'instant, ni le président du SNE, ni la société organisatrice, Reed Exposition, n'ont souhaité s'exprimer. Selon nos informations, il devrait y avoir quelques éléments communiquées autour de la professionnalisation du Salon, notamment autour du marché des droits audiovisuels - et certes, aussi, un peu d'eau dans le gaz.