Le PDG de la Fnac empoche 36 millions € en moins de trois ans

Orianne Vialo - 18.04.2016

Edition - Economie - Alexandre Bompard - PDG Fnac - salaire primes


Voilà trois années que le patron de la Fnac, Alexandre Bompard, reçoit de coquettes sommes en salaires et généreux bonus perçus grâce aux bons résultats de la grande surface culturelle. D’après des calculs effectués par le Journal du dimanche dans son édition du 17 avril dernier, « il aura ainsi accumulé 36 millions € entre 2015 et 2017, soit une moyenne d’1 million € par mois ».

 

Alexandre Bompard - Prix du Roman Fnac 2014

Alexandre Bompard lors du Prix du Roman Fnac en 2014 (ActuaLitté / CC BY 2.0)

 

 

À lui seul, le PDG de la Fnac aurait empoché 11,6 millions € et 11,3 millions € de bonus grâce à la bonne santé du cours en Bourse de son groupe, en seulement deux ans. Comparée aux 48 millions € de chiffre d’affaires du groupe Fnac en 2015, la somme paraît colossale.  

 

Dans leur rapport annuel 2015 qui sera publié fin avril et que le JDD a réussi à se procurer, il est stipulé que les actionnaires ont attribué 1,5 million € à Alexandre Bompard en actions, et 3,5 millions € aux 130 premiers cadres — somme qu’il ne touchera qu’à compter de l’année prochaine. 

 

Cela représente un total de 21.700 actions gratuites valorisées 950.000 € versées en avril 2017, et 65.000 options de performance valorisées 550.000 € versées entre 2017 et 2018.

 

À ces sommes déjà importantes viennent s’ajouter le salaire fixe du PDG, soit 1,8 million €, et son salaire variable, qui s’élève à 3,3 millions € pour l’année 2015. 

 

Un plan de restructuration décisif pour la Fnac

 

Ces primes, Alexandre Bompard n’aurait jamais pu les percevoir si l’entrée en bourse de la Fnac en 2013 et si le « plan Fnac 2015 », plan de restructuration de la Fnac, n’avaient pas été couronnés de succès. Avant cela, le groupe Fnac se trouvait en très mauvaise position : après 142 millions € de pertes enregistrées en 2012, les finances de l’entreprise étaient au plus mal. 

 

Pourtant, après son retour en bourse, le cours des actions Fnac triple. Par ailleurs, si les cours en bourse demeurent stables, Alexandre Bompard pourrait encaisser 9 millions € supplémentaires en 2017. 

 

À la suite de l’article publié par le JDD, un porte-parole de la Fnac a publiquement annoncé que « ces rémunérations ont été et seront réinvesties en actions de l’entreprise ». Déclarations depuis réaffirmées par le principal intéressé, Alexandre Bompard. 

 

Cela permet ainsi au PDG de devenir lui aussi actionnaire de la Fnac avec 0,3 % de son capital. 

 

Un salaire qui dérange pour la deuxième année consécutive

 

Ce discours rappelle étrangement l’annonce qui avait été faite lorsque le Canard Enchaîné avait divulgué les sommes qu’allait percevoir le président de la Fnac, il y a d’un an. À l’époque, le journal venait de découvrir qu’Alexandre Bompard allait recevoir une prime de 11,6 millions € en juillet 2016. Alexandre Bompard avait alors annoncé, lors d'un conseil d'administration, qu'il allait réinvestir ces sommes en actions Fnac.

 

Cette somme correspondait à des bonus attribués au patron dans le cadre du « plan de performance » voté par le conseil d’administration de la Fnac en 2013, montant variable en fonction de la cotation en bourse de la Fnac. 

 

La directrice des ressources humaines de la Fnac et membre du comité exécutif Frédérique Giavarini, expliquait alors que « la rémunération d’Alexandre Bompard n’a rien d’illégal ou d’extraordinaire et elle a été votée par le conseil d’administration de l’entreprise. Seulement, l’action a beaucoup augmenté depuis. Si elle baisse, il peut tout perdre ». 

 

À l’époque, ces révélations avaient beaucoup fait réagir les salariés de la Fnac, qui avaient été touchés par les suppressions de poste au sein du groupe. Nul doute que la même vague indignation se fera à nouveau entendre de leur côté au cours des prochaines semaines. 

 

Pour l’heure, le groupe tente de racheter Darty, qui semble préférer l’offre de rachat formulée par Conforama.

 

Contacté par le JDD, un proche de la Fnac déplore que les sommes allouées au PDG n’aient pas été réinjectées dans le projet Darty, afin d’améliorer l’offre en cash. « Les rémunérations sont l’un des premiers postes de sortie de cash, presque la moitié des bénéfices, expliquait-il. Avec 60 millions € en plus, l’entreprise aurait pu décrocher autant en prêts supplémentaires auprès des banques, ça peut faire la différence. »

 

(via le JDD, Marianne, France tv info)