Le Pentagone brûle un livre, le public en redemande

Clément Solym - 04.10.2010

Edition - Société - pentagone - censure - afghanistan


Operation Dark Heart, un récit faisant état de la situation vécue par un soldat réserviste de l'armée américaine s'est heurté à un bloc : le Pentagone.

La semaine passée, l'éditeur du livre annonçait que le Pentagone, au nom de la sécurité nationale, décidait de brûler 9500 exemplaires. Plusieurs organismes de l'État, dont la Defense Intelligence Agency, à laquelle était rattaché l'auteur, avait fait des pieds et des mains pour que le livre ne sorte même pas. On avait alors entendu qu'il contenait des informations sur un système de surveillance de la NSA... (notre actualitté)

Les prix flambent

Or, le titre avait été imprimé à 10.000 exemplaires. Et par une simple opération mentale de soustraction, on peut en déduire aisément que 500 exemplaires avaient filtré. Si le Pentagone avouait alors n'avoir jamais pris de telles dispositions contre un livre, certains exemplaires se sont alors retrouvés en vente sur eBay, à des montants de 2000 $, tout de même.


D'un autre côté, même la seconde version du livre semble n'avoir pas séduit le Pentagone, et les 50.000 exemplaires qui sont sortis le 24 septembre dernier présentaient alors des lignes entières noircies, en guise de seconde vague de censure.

Mais pas autant que les livres

Avec des médias comme Wikileaks, il semble tout de même particulièrement utopiste de la part du gouvernement américain de contenir les informations contenues dans le livre. « Quelqu'un qui achète 10.000 ouvrages pour les détruire, à l'époque du numérique, est ridicule », avait riposté Anthony Shaffer, l'auteur.

Wikileaks avait d'ailleurs surnommé pour l'occasion le Pentagone, en le gratifiant du petit sobriquet de Punks Nazis, en référence à l'ouverture d'esprit du groupe politique. Ainsi, en examinant le texte originel, certains scientifiques et spécialistes se grattent encore les tempes, en se demandant ce qui aurait bien pu justifier une telle campagne de censure.

Moins de 10 % des passages expurgés présenteraient des sujets un tant soit peu sensibles, mais dans tous les cas, on s'interroge sur la manière dont l'administration Obama peut classer des dossiers dans le domaine de la sécurité nationale, en 2010...