Le Père Noël privé de pipe, pour son bien et celui des bambins

Clément Solym - 25.10.2012

Edition - International - Père Noël - Clement C Moore - fumeur


 Dans son genre, Pamela McColl est une petite coquine : l'éditrice vient de publier une version d'un célèbre poème de Noël, signé Clement Clarke Moore, dans lequel elle prive le gros bonhomme tout de rouge vêtu de sa pipe. Pour cette lobbyiste anti-tabac, il s'agit surtout de faire entrer le personnage dans le 21e siècle.

 

 

Wanted: Santa ClausWanted: Santa Claus, kevin dooley, CC BY 2.0

 

 

Pour quelqu'un qui se glisse dans les cheminées un soir par an, être pris en flagrant délit de tabagisme à quelque chose de doucement ironique. Dans la version originale de son poème/conte pour enfants The Night Before Christmas, Clement Clarke Moore évoque le personnage (pas encore aux couleurs de Coca-Cola), « avec de la fumée qui ceint sa tête, tout comme une couronne ».

 

Malheureusement pour celui qui garnit les pieds des sapins, cette fumée coupable provient de sa pipe, explicitement représentée dans les illustrations de Jessie Wilcox Smith, pour l'édition du conte disponible via le projet Gutenberg, parue en 1912 chez Houghton Mifflin Harcourt.

 

Croyant probablement bien faire, comme la vaste majorité des censeurs, Pamela McColl a mobilisé les employés de sa maison d'édition canadienne, Grafton & Scratch, pour publier une nouvelle version du conte de 1823, expurgée des quelques lignes et des dessins faisant apparaître la pipe, plus sulfureuse que celle de Clinton.

 

« L'omission de ces quelques mots ne change rien au matériau et à l'intention originale de l'auteur, n'empêchent en rien la compréhension de l'auteur ou le plaisir qu'il prend à la lecture de cette histoire, mais en retirant ces quelques lignes nous pourrions sauver des vies et éviter d'influencer de nouveaux fumeurs » s'est défendue McColl, dont l'édition du poème a été imprimée en anglais, français et espagnol.

 

 Moquée, traitée de « nazie » ou de « fasciste », McColl a expliqué qu'« il ne s'agissait pas de censure, mais d'édition » : une position pas si farfelue, demandez à Gallimard... (voir notre actualitté) En attendant, l'American Library Association a condamné « un acte de censure qui interdit aux lecteurs l'accès aux mots authentiques de l'auteur », tandis la National Coalition Against Censorship rappelait qu'« enfermer les enfants dans une bulle, en essayant de les protéger de tout ce que les parents trouvent dangereux, est non seulement impossible, mais improductif ».

 

Et on fera moins les malins le jour où, privé de pipe, le joufflu décidera de faire grève...