Le petit éditeur David s'incline contre le Goliath mondial du pétrole

Clément Solym - 19.10.2011

Edition - Justice - Ecososiété - Barrick Gold - Noir Canada


L'affaire opposant l'éditeur québécois Écosociété à la firme pétrolière Barrick Gold s'est finalement achevée par un règlement à l'amiable, hors cour. Le livre Noir Canada, contre lequel BG avait lancé une procédure sera finalement retiré du marché.


En trois années de conflit juridique, le petit éditeur contre la grosse multinational aura fini par s'en sortir. Alors que BG réclamait 5 millions $ CA pour dommages moraux, et un million de mieux pour punir littéralement la maison québécoise. Véritable atteinte à la liberté de publier, mais plus encore, une campagne d'intimidation lourde entraînée contre l'éditeur, voilà largement de quoi faire gronder.

 

 

Ecosiété était victime de ce que l'on nomme une poursuite-bâillon, intentée contre un groupe aux moyens économiques énormes pour faire céder un plus petit. En l'occurrence, si Écosociété n'a pas cédé, elle aura baissé les bras dans une lutte trop lourde. L'ouvrage faisait état de pillage, corruption et criminalité en Afrique, pour le compte de la société Barrick Gold.

 

En dénonçant de nombreux abus qualifiables de crimes commis par ces sociétés privées, Alain Deneault s'attaque à l'image factice répandue sur la scène internationale d'un Canada intrinsèquement pacifiste, bon et généreux. Il recense avec soin et précision les nombreux cas (déjà rapportés ailleurs dans le monde par plusieurs ONG, journalistes, analystes ainsi qu'experts de l'ONU) dans lesquels les sociétés canadiennes se rendent coupables de corruption, de pillage institutionnalisé des ressources minières ou pétrolières des pays africains, et attisent ou maintiennent l'instabilité et les conflits pour obtenir de juteux contrats.

La liste est longue : ingérence politique et contrats outrancièrement avantageux dans la fragile République démocratique du Congo, partenariats avec les seigneurs de guerre, vendeurs d'armes et mercenaires de la région à feu et à sang des Grands Lacs, collusions mafieuses dans l'Ouganda voisin, mineurs enterrés vifs en Tanzanie, empoisonnement massif et « génocide involontaire » au Mali, expropriations brutales au Ghana, transformation des Ivoiriens en cobayes pharmaceutiques, barrages hydroélectriques dévastateurs au Sénégal, privatisation sauvage du transport ferroviaire en Afrique de l'Ouest…

 

Pour l'Association des éditeurs du Québec, cette décision et la résolution de ce conflit laissent un goût amer.

 

« Nous sommes, comme tous nos membres sans doute, soulagés d'apprendre qu'une partie des démêlés juridiques des Éditions Écosociété est du passé avec ce règlement hors cours, mais nous sommes tristes à l'idée qu'un livre ne soit désormais plus publié », a déclaré le président de l'ANEL, Gaston Bellemare

 

« Réjouissions-nous tout de même du fait que la bataille d'Écosociété permettra de débattre vigoureusement sur la place publique de liberté d'expression et d'accès à la justice pour tous. Souhaitons aussi que les Éditions Écosociété puissent poursuivre leur excellent travail éditorial, bientôt libérées de ces pénibles embûches légales. »

 

L'ANEL appuie en effet les Éditions Écosociété dans leur bataille contre les poursuites baillons et souhaite vivement une résolution rapide de l'autre poursuite de cinq millions de dollars qui pèse sur la maison d'édition de la part de l'entreprise ontarienne Banro.

 

Garder sa dignité

 

« Écosociété considère que Noir Canada est pertinent et d'intérêt public, que la thèse qui y est développée constitue une contribution essentielle à la pensée critique et méritait d'être publiée. Écosociété entend poursuivre sa mission d'éditeur indépendant qui publie des essais d'intérêt public visant à susciter des débats de société. »

 

En outre, une somme sera versée par l'éditeur à la société, dont le montant reste inconnu. Dans le compte rendu de l'accord passé (voir en PDF) on peut lire : 

 


En relation avec le contenu de Noir Canada concernant le Congo, Barrick reconnaît que la thèse des Auteurs et de plusieurs autres personnes est à l'effet que la présence de plusieurs ressources minérales, dont l'or, au Congo était un des principaux motifs à l'origine des conflits dans ce pays et que la présence de compagnies minières transnationales dans une région en guerre, telle les Grands Lacs africains peut avoir des conséquences imprévues et sérieuses.

 

Les Auteurs reconnaissent que bien que ces questions aient été étudiées de façon approfondie par un groupe d'experts des Nations Unies, en 2001-2002, ces experts n'ont fait aucune mention de Barrick. Les Auteurs reconnaissent que Barrick a présenté des documents et témoignages indiquant qu'elle n'a eu qu'une présence très limitée au Congo à l'été de 1996 exécutant du travail exploratoire sur une petite partie d'une concession minière de 82 000 km2 au Congo et indiquant qu'elle n'a eu aucune implication dans les conflits au Congo. Les Auteurs reconnaissent qu'ils n'ont aucune preuve à l'effet contraire.




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