Le piratage de livres par Paulo Coelho : "Hadopi n'a pas marché"

Nicolas Gary - 12.05.2014

Edition - Société - Paulo Coelho - piratage de livres - Coupe du monde de football


Alors que le romancier publiera ce 14 mai son nouvel ouvrage, Adultère, à sortir chez Flammarion, c'est un autre type de promotion que Paulo Coelho vient de s'offrir, dans les colonnes du JDD. L'écrivain star, au point de pouvoir snober la Foire du livre de Francfort, plus importante manifestation professionnelle d'Europe, fait actuellement le tour des rédactions pour… dénoncer le comportement du Brésil, à l'approche de la Coupe du monde de football.

 

 

Photo for Reuters September 2008

Paulo Coelho, CC BY NC ND 2.0, sur Flickr

 

 

Près de 170 millions d'exemplaires vendus à travers le monde, premier romancier de cette envergure à avoir ouvertement encouragé le piratage de ses oeuvres, et soutenu la plateforme de liens Torrent, The Pirate Bay, Paulo Coelho peut déplaire, littérairement, mais on aime bien l'écouter. Ainsi, dans le JDD, Coelho raconte longuement son titre, que certains voudraient déjà rapprocher de Fifty Shades of Grey. Sauf qu'il n'y aura aucune adaptation pour le cinéma : « Je reçois des propositions tous les mois et déjà plusieurs pour celui-ci. Mais j'interdis désormais l'adaptation de mes livres. Je ne vois pas le film comme une conséquence logique. »

 

Mais ce n'est pas tant dans les pages du livre que l'on retrouvera les positions les plus intéressantes du romancier. Sur la question du piratage de livres, pour laquelle il s'est prononcé à plusieurs reprises, il clarifie : « Je suis absolument contre le piratage dans les pays qui peuvent se payer un livre. Cela n'affecte pas les ventes, mais cela peut tuer les librairies. En revanche, oui, j'encourage le piratage là où mes livres ne peuvent aller : Afrique, Iran, certaines anciennes républiques soviétiques, etc. »

 


 

Et puis, dans ces pays, un titre comme Adultère pourrait être censuré largement. Coelho pressent d'ores et déjà la présence du livre sur les réseaux pirates, et pour le coup, s'en féliciterait plutôt. Une appréciation qui est évidemment plus facile à livrer, quand on est auteur de best-sellers. « Mais il y a des écrivains de même niveau que moi qui ne le font pas », souligne-t-il. Reste que la lecture sur écran n'est jamais qu'une première approche, pour se donner envie d'acheter le livre en papier. 

 

« Par ailleurs, il y a un vrai code de conduite sur Internet. Si les internautes estiment que votre démarche n'est pas mesquine, ils achèteront. La France a essayé de contourner cette réalité avec Hadopi, ça n'a pas marché. On ne peut pas forcer les gens, il faut croire en eux. Je suis le seul écrivain dont tous les livres sont dans les listes de best-sellers depuis vingt ans. »

 

Le partage, c'est devenu une partie de son ADN : Coelho multiplie les interventions sur les réseaux sociaux - avec 9 millions d'abonnés Twitter et 20 millions de Like sur Facebook… 

 

La question du Brésil vient dans un second temps : alors que la Coupe du monde de football approche à grands pas, le romancier ne boude pas son plaisir. « Le football est la chose la plus importante et la mieux partagée au monde. Je paie volontiers pour en voir à la télé. Mais il doit bien y avoir quelques Brésiliens qui n'aiment pas le football, comme moi, je déteste le carnaval ! »

 

En revanche, il refuse catégoriquement de suivre les matchs in situ : « J'ai pourtant deux places pour de nombreux matches et j'étais dans la délégation officielle avec Lula, Dunga et Romario quand la Fifa a choisi le Brésil. Mais je suis très déçu de tout ce qui s'est passé depuis. On aurait pu utiliser l'argent pour bâtir autre chose que des stades dans un pays qui a besoin de tout : hôpitaux, écoles, transports. »

 

Et de conclure : « Ronaldo est un imbécile d'avoir dit que ce n'est pas le rôle de la Coupe du monde de construire ces infrastructures. Il aurait mieux fait de fermer sa bouche… »

 

Coelho en a également remis une couche, sur Europe 1