Le piratage de livres tuera-t-il la création littéraire ?

Clément Solym - 31.03.2008

Edition - Société - piratage - livres - écrire


La Society of Authors, organisation anglaise représentant plus de 8.500 auteurs dans le pays vient de remettre un rapport alarmant s'appuyant sur les ravages que le téléchargement illégal a causés sur l'industrie de la musique. Conclusion : les auteurs arrêteront d'écrire, à moins que des méthodes drastiques n'interviennent.

Nécessaire adaptation pour l'industrie

« Le piratage est un impôt sur la célébrité », expliquait William Gibson, et les chiffres lui donnent raison. J.K. Rowling est en effet une cible de choix pour les pirates, mais l'on compte d'autres victimes. Si les éditeurs s'organisent pour avoir une présence sur Internet, sans forcément recevoir l'appui du reste de l'industrie du livre.



Deux firmes particulières sont pointées du doigt pour leurs indélicatesses passées : Google et Amazon. L'un pour Google Books, l'autre pour Search Inside. Mais ces deux modèles ont verrouillé légalement leurs offres pour ne pas être attaquables. L'internaute peut lire, mais pas la totalité, seuls quelques extraits sont proposés.

Toute une révolution à préparer

Le schéma économique d'avances et de royalties est définitivement fini, estime-t-on. « C'est un barrage qui se fissure, explique Mme Chevalier. Nous tentons de boucher les trous de la législation et des litiges, mais il nous faut une réflexion en profondeur. Nous devons évoluer et créer un système de paiement très différent, peut-être en rendant l'accès au livre gratuit sur le net et en trouvant un moyen de rémunération autre. » Les lecteurs s'étaient d'ailleurs montrés récemment très favorables à ce que les oeuvres des auteurs mises en ligne leur rapportent.

Les livres de cuisines par exemple, seraient en grand péril. La faute aux blogs dédiés, par exemple ? Si l'on souhaite une recette, on la trouve en deux coups de clics.

Pendant un temps, les lecteurs auront donc de la lecture à volonté, pour rien, mais cela risque de ruiner l'industrie. Les auteurs attendront de voir comment se déroule le nouveau schéma et combien cette nouvelle technique peut rapporter. « C'est exactement ce qui est arrivé à l'industrie du disque », poursuit Mme Chevalier.

L'argent, nerf de la guerre livresque

D'autres modèles économiques ont existé, mais aujourd'hui, quatre exemples semblent possibles : le financement gouvernemental, celui des entreprises, le mécénat et le public. Dans le cas du gouvernement, estime Tracy Chevalier, cela pourrait prendre la forme d'une académie d'auteurs salariés... Donc fonctionnaires ? La mission de Bruno Patino, confiée par Christine Albanel, semble dans cette situation des plus dignes d'intérêt.

Pourtant, Simon Juden tient à relativiser les paroles de la Society of Authors. Lui qui dirige la Publisher's Association invite à regarder vers le passé : « Il y a dix ans, tout le monde a cru que l'on ne lirait plus que sur des CD-Roms. » Et si l'on interroge les maisons d'édition, ajoute l'ancien responsable de Waterstone, on obtiendra une réponse différente par interlocuteur, sur l'avenir du livre.

Arme à double tranchant

Si Internet a fait des miracles en termes de diffusion de la culture, il semble bel et bien que tout ce qu'il touche devienne gratuit. Dans le cas de la musique cependant, les supports de lectures ont suivi et les baladeurs improprement nommés lecteurs MP3 ont permis de réellement profiter de la musique illégalement téléchargée, par une réelle simplicité d'usage. Et quid alors de Paulo Coelho, véritable cas d'école ?

Aujourd'hui, le livre ne bénéficie pas d'un outil électronique qui serait comparable, et ce ne sont pas les « hiboux, avec un Q », comme dit Alain Rey, qui risquent d'inquiéter. Trop incommodes pour l'heure, ils ne représentent pas la menace que sont les lecteurs MP3. Mais les recherches avancent. « Tracy Chevalier voit juste, estime Scott Pack, directeur commercial du Friday Project, la situation est préoccupante. Mais pour l'heure, même les plus pessimistes des analystes considèrent encore que les livres imprimés ont de beaux jours devant eux. »