Le plaisir de lire pour les enfants, sacrifié par manque de temps et de diversité

Cécile Mazin - 20.06.2016

Edition - International - enfants lecture enseignants - plaisir lecture jeunesse - diversité livres enfants


Les enseignants sont débordés en général, et la moitié des Britanniques en particulier. À l’occasion d’une enquête, il apparaît que ces derniers ne disposent pas d’assez de temps pour partager des moments autour de la lecture et parler des livres dans leur salle de classe. Un drame, puisqu’un tiers d’entre eux avoue qu’avec plus de temps, ils assureraient une meilleure promotion de la lecture dans le cœur des enfants. 

 

 

 

La quasi-totalité des enseignants reconnaît que la lecture pour le plaisir est essentielle dans le succès scolaire et futur des élèves. D’ailleurs, ils sont à 63 % convaincus que la moitié des élèves de leurs classes lisent réellement pour le plaisir. Dans leur travail de transmission, les enseignants reconnaissent eux-mêmes que c’est à l’époque de leur enfance qu’un professeur a su partager le plaisir de la lecture. De là l’importance cruciale de saisir l’occasion des heures scolaires pour lire et faire lire.

 

Menée par Oxford University Press, l’enquête montre combien « les enseignants sont préoccupés par ces enfants qui ratent l’occasion d’être captivé par la lecture dans les salles de classe », observe Jane Harley, directrice de la stratégie chez OUP. « Il est évident que les années de l’école primaire sont cruciales pour les enfants, quel que soit leur milieu social ou culturel, dans le développement de leur plaisir de lire. »

 

Parmi les autres données que présente l’étude (voir en fin d’article l’intégralité), 33 % des enseignants estiment qu’une plus grande implication des parents serait profitable pour développer ce plaisir. Seuls 7 % affirment que la majeure partie, voire la totalité, de leur classe parle de livres – par rapport à ce qu’ils observaient voilà cinq ans. Près d’un tiers reconnaissent passer moins de temps autour des livres. 

 

Et pendant ce temps, la presse flanche...

 

C’est dans communiqué de presse que le Guardian, grande publication britannique, a annoncé qu’il mettait un terme à sa rubrique Jeunesse. « Dans le cadre de notre business plan de trois ans, qui implique la restructuration de certaines activités, le Guardian coupera le 8 juillet 2016 sa section de livres pour enfants. » 

 

Les contenus publiés seront toujours accessibles et librement consultables, mais, en tout cas, il est certain que cela choque. Le plan de restructuration induit toujours des licenciements et certainement le Guardian n’y coupera pas. Après cinq années de loyaux efforts, la publication en ligne doit faire face à des difficultés, mais n’entend pas abandonner le monde de la littérature jeunesse.

 

Une couverture des publications sera assurée, tant en jeunesse que pour les Young adults. Mais plutôt que de viser l’enfance, les ouvrages seront à destination des adultes – et des adolescents. « Merci beaucoup à tous ceux qui ont contribué. C’était marrant », conclut le post d’adieu. Ou d’au revoir, c’est selon...

 

Et les libraires réclament de la diversité

 

Dans ce contexte, l’appel qu’ont lancé les libraires britanniques devient plus vibrant. Steven Pryse, directeur de la Pickled Pepper Books à Crouch End (dans le nord de Londres) tente d’obtenir des éditeurs une plus grande diversité dans les publications jeunesse. « Les gens veulent une gamme de variété ethnique dans les livres pour enfants, plus de femme avec un rôle fort, des parents de même sexe, des parents d’accueil. »

 

Et pourquoi pas des ouvrages plus nombreux sur le syndrome d’Asperger, les enfants atteints d’autisme, autant de sujets que les parents réclament... sans les trouver. 

 

Pour le libraire, c’est une évidence : si les enfants n’ont pas les livres qu’ils réclament, alors ils arrêteront de lire. Et Fen Coles, directeur de Letterbox Library, le rejoint totalement. Cette société qui favorise la diffusion de livres auprès des enfants prêche pour des catalogues de publication plus riches et diversifiés.

 

« Nous avons tous besoin de travailler plus âprement sur l’intégration de la diversité », commente-t-il. À une époque où les livres se retrouvent sur des écrans de téléphone, la richesse éditoriale doit primer, pour que les enfants disposent de livres qui leur ouvriront l’esprit plus encore.

 

Dans sa recherche de diversification et de promotion, l’entreprise essaye de vendre aux écoles des ouvrages que l’on ne retrouve pas ailleurs – pas assez en tout cas. Refléter l’ensemble du paysage social, à travers les parutions, l’intention est noble, mais le chemin est long. Heureusement, la Publishers Association, qui représente les maisons d’édition britanniques, appuie cette volonté. Au tour de ses membres de se pencher sur la question... (via The Bookseller)

 

 

  Enseignants et livres en salle de classe