Le poème anti-Erdogan d'un humoriste allemand ne sera pas condamné

Julien Helmlinger - 06.10.2016

Edition - Justice - Jan Böhmermann - Allemagne censure - poésie polémique


Au cours du mois d’avril, l’humoriste allemand Jan Böhmermann, qui anime l’émission de TV Neo Magazine Royale, a récité un poème satirique visant le président turc Erdogan. L’affaire a visiblement irrité ce dernier, occasionnant une crise dans la diplomatie entre les deux pays, des arrestations sur fond de débat quant à la liberté d’expression en Allemagne. Finalement, le parquet de Mayence déclare que l’humour ne sera pas poursuivi au pénal.

 

 

 

Le présentateur TV, âgé de 35 ans, est déjà connu des Européens pour son sens de l’ironie. Il réagit régulièrement à l’actualité diplomatique allemande, c’est notamment lui l’auteur de la vidéo musicale V for Varoufakis, alors que la chancelière Angela Merkel négociait avec la Grèce.

 

Au printemps dernier, il y était allé juste assez fort avec le président turc, Recep Tayyip Erdogan

 

Jan Böhmermann le présentait comme quelqu’un de « stupide, lâche et tendu », avant de l’accuser de « baiser des chèvres et supprimer les minorités, donner des coups de pied aux Kurdes, des coups de poing aux chrétiens, et regarder de la pornographie pédophile ».

 

Les pressions diplomatiques ayant suivi ont relancé le débat sur les limites de la liberté d’expression outre-Rhin.

 

Erdogan, faisant appel à une loi allemande de 1871, censée sanctionner les insultes faites à un chef d’État étranger, a réclamé qu’un procès soit intenté à l’encontre de l’auteur du sulfureux poème. Sorte de crime pour « lèse-majesté » passible de trois années de prison. 

 

Mais, après réflexion, le parquet de Mayence déclare abandonner toute charge à l’encontre de Jan Böhmermann, précisant que « l’accumulation de descriptions totalement exagérées », « la distorsion et la dissociation », font partie des caractéristiques de la satire et de la caricature, un registre toléré. Cette décision, évidemment, a été favorablement accueillie sur les réseaux.

 

 

 

 

via TheIndependent