Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Le poète Robert Frost vaniteux et rustre, sous la plume de Carol Oates

Nicolas Gary - 01.11.2013

Edition - International - Joyce Carol Oates - Robert Frost - fiction


Peut-on sans vergogne écorner l'image d'un poète américain ? Du tout. Et Joyce Carol Oates subit les foudres des amis et parents de Robert Frost, après un article dans lequel ce dernier apparaît rustre et vaniteux. Plus de cinquante ans après la mort du poète, l'attaque portée par la romancière est véritablement vue comme grotesque. Règlement de compte à Oates Corral. 

 

 

Robert Frost House - Sign

grongar, CC BY 2.0

 

 

Lovely, Dark, Deep est un article sorti en ce mois de novembre, dans la revue Harper's, et signé de Oates. Il remonte au 18 août 1951, et raconte la rencontre entre la journaliste Evangeline Fife et le poète, alors âgé de 77 ans. Elle le trouve alors dans de bien étranges dispositions à son égard, et à mesure des questions, Frost devient agressif, et mauvais. 

 

Le texte est écrit par Oates. Produit fictionnel, il brosse un portrait lourd de Robert Frost : raciste à l'égard des Amérindiens, plus proches des des animaux que des humains, concupiscent à souhait, demandant à la journaliste si elle a pris des vêtements de rechange, avec de lourds sous-entendus... Tout cela n'est pas très glorieux.

 

Et bien entendu, le texte fait bondir les ayants droit, pour qui Oates « tente de tirer profit de la mémoire de leur grand-père ». Même le biographe, William Pritchard estime que son texte « est totalement absurde et très désagréable ». Levée de boucliers dans les règles, dont la romancière se défend : il s'agit d'une « oeuvre de fiction, mais basée sur une recherche historique (limitée et choisie) ». 

 

D'autant que ce n'est pas la première fois que l'on s'en prend à l'icône : Lawrance Thompson, qui en 1977 avait fait paraître une biographie en trois volumes, parlait du poète comme d'une personne bien plus désagréable qu'on ne l'imaginait. De son côté, Oates a déjà subi une vague d'agressions cette année, après des tweets renvoyant vers des pages qui évoquaient la culture du viol dans l'islam...