Le régime d'intermittent retiré au poète Yvon Le Men

Louis Mallié - 09.06.2014

Edition - Société - Yvon Le Men - Intermittents du spectacle - Étonnant voyageurs


Il semblerait que chaque jour nouveau apporte son lot de mauvaises nouvelles pour les intermittents du spectacle, quels qu'ils soient… Ainsi, l'AFP rapporte que le poète breton Yvon Le Men a annoncé hier au festival Étonnant Voaygeur s'être vu retirer de régime d'intermittent du spectacle.  Radié rétroactivement par Pôle emploi, il est désormais sommé de rembourser près de 30.000 € d'indemnités perçues depuis 2010...

 

© Emmanuel Pain

 

 

Affilié au régime depuis 1986, le poète est salarié d'une association qui assume la fonction de producteur pour ses prestations, établit ses contrats de travail, et « s'acquitte de toutes les obligations de l'employeur », ainsi que l'explique l'association Étonnant Voyageurs qui a lancé une pétition de soutien à l'auteur. 

 

D'après l'association, une procédure de contrôle aurait été lancée en juillet 2013, au terme de laquelle Yvon Le Men aurait été, en novembre dernier « radié rétroactivement du régime des intermittents du spectacle ». « Passeur de poésie, par ses spectacles, il se sera fait également passeur de poètes... forme que je ne peux qualifier d'autres mots que de performance », assure Michel Le Bris, poète, auteur, et fondateur d'Étonnants Voyageurs.

  

Yvon Le Men était pourtant loin d'être inactif : depuis son premier recueil Vie paru en 1974 celui-ci n'a eu de cesse de publier poèmes et récits chez Gallimard, Flammarion et Rougerie. Liant art de la scène et poésie, il a particulièrement été applaudi en 2008 pour son recueil Chambre d'echo lu par Denis Podalydès. En 2012, il avait reçu le prix Théophile Gautier de l'Académie française, et il publiera aux Édition Bruno Doucey un ouvrage intitulé En fin de droits illustré par Pef, le 2 octobre prochain. 

 

 


 

 

 

Un titre qui n'ira pas sans rappeler que la pétition, dégainée en soutien au poète, porte presque le même titre, Fin de droits, de quel droit ? « Le collectif oeuvre afin qu'Yvon Le Men retrouve son statut d'auteur interprète, artiste du spectacle, ambassadeur d'une littérature vivante  et dénonce une radiation injustifiée motivée par les économies programmées que subit le spectacle vivant. » Il propose également un extrait de l'oeuvre : 

" Quand on a connu la pauvreté pendant longtemps et qu'elle menace de revenir, notre corps s'en souvient. Je ne t'ai pas oublié, dit-il, tu reviens avec le froid qui tombe trop tôt ; les bonnes nouvelles, trop tard.

À la banque, on rase nos comptes ; dans les magasins, nos regards descendent vers les étagères du dessous. À la maison, on réduit le chauffage. On se demande comment on va traverser les fêtes de Noël. Le pire pour un pauvre c'est de ne pas pouvoir faire de cadeaux.

Presque quarante ans de vaches maigres, vingt ans de tranquillité ponctués d'inquiétudes dues à ma vie d'artiste, à son statut précaire, et soudain, comme un coup de foudre qui ravage ta maison, tu le perds. Tu as juste de quoi payer les traites et si tu n'as pas d'économies, t'es mort, comme disent les enfants dans les jeux d'enfants.

Mais ce n'est pas un jeu. C'est ta vie qui, jusqu'au retour de la justice, tient à nouveau sur un fil."

 

« La qualité d'artiste du spectacle de Yvon est incontestable, reconnue, attestée, par tous ceux qui ont assisté à une de ses performances, dans quelque cadre que ce soit », souligne Etonnants Voyageurs. Le poète a également vu une demande de remise gracieuse rejetée, et il n'aurait donc désormais « plus d'autre issue à cette situation ubuesque que d'assigner » Pôle Emploi… 

 

La mauvaise nouvelle rappelle la menace qui pèse depuis quelques mois sur le régime des intermittents du spectacle. D'après Michel le Bris, le régime « est l'objet d'attaques extrêmement graves qui menacent des pans entiers de la vie culturelle de ce pays. La radiation d'Yvon Le Men en est un exemple choquant qui vaut pour tous. Or, l'histoire nous rappelle, s'il en était besoin, que la culture n'est jamais aussi nécessaire que dans ces périodes que l'on dit de “crises“... »