Rushdie, Atwood, Chomsky et les autres à la défense de la presse libre

Antoine Oury - 18.08.2015

Edition - International - presse libre - Mexique - Enrique Peña Nieto


Enrique Peña Nieto, président du Mexique, est le destinataire d'une lettre signée par plus de 500 écrivains, journalistes et artistes : tous réclament plus de sécurité, de protection et de transparence de la part des autorités, pour favoriser la survie d'une presse libre. Le PEN International, association d'écrivains qui milite pour la liberté d'expression, est à l'origine de ce courrier.

 

The revolution will NOT be televised

"La révolution ne sera pas à la télé" (photo d'illustration, Gabriel Saldana, CC BY-SA 2.0)

 

 

Le bilan est particulièrement lourd : au cours des sept dernières années, une cinquantaine de journalistes a disparu, et une dizaine sont morts depuis 2010, dans le cadre de leur activité, au Mexique, expliquaient déjà l'English PEN, regroupant les auteurs britanniques, et le Committee to Protect Journalists en mars 2015. Des lettres ouvertes avaient été publiées dans un contexte particulièrement polémique : le Mexique était en effet l'invité d'honneur de la Foire du Livre de Londres.

 

« [Q]uiconque s'intéresse à la liberté d'expression sait que le gouvernement mexicain fait très peu pour protéger les journalistes. Et ces journalistes ne dessinent pas pour insulter l'Islam ou Jésus-Christ, ils révèlent la corruption, le trafic de drogues, la collaboration entre l'État, des sociétés, et des trafiquants d'humains. [...] Et il n'y a aucune manifestation internationale, aucune pression sur le gouvernement mexicain, comparé à ce qu'il se passerait si ces meurtres avaient lieu en France ou au Royaume-Uni » expliquait Robert Sharp, chargé des campagnes et de la communication de l'organisation, dans un entretien pour ActuaLitté.

 

Quelques mois plus tard, la situation ne semble pas avoir évolué, et c'est l'International PEN qui interpelle, cette fois : on compte, parmi les quelque 500 signataires, Salman Rushdie, Margaret Atwood, Gael García Bernal, Noam Chomsky, John Coetzee, Guillermo del Toro ou encore Paul Auster. Le Comité pour la Protection des Journalistes (Committee to Protect Journalists, CPJ) s'est également joint à l'appel.

 

La lettre fait part d'une vive inquiétude, après la disparition du photojournaliste Ruben Espinosa, en pleine capitale. Et pointe directement les responsabilités du gouvernement mexicain dans ces disparitions en série : « D'après la Commission des Droits de l'Homme mexicaine, il existe des preuves de l'implication de représentants du gouvernement dans de nombreuses attaques contre des journalistes ou des titres de presse », rapporte l'agence EFE.

 

Pour Ruben Espinosa, le gouverneur de l'État de Veracruz Javier Duarte, en poste depuis 2010, est ouvertement soupçonné : depuis son arrivée, 14 journalistes ont été assassinés, et 3 sont portés disparus. Dans tous les cas, la justice écarte systématiquement l'hypothèse du crime politique. Et 89 % des affaires restent non résolues.

 

La lettre au président, datée du 15 août, est disponible en anglais et en espagnol sur le site du Pen International.