Le prêt numérique profite aux usagers, moins aux établissements

Antoine Oury - 03.10.2014

Edition - Bibliothèques - PNB prêt numérique - bibliothèques collection - gestion prêt interface


Quelques semaines après les premières mises à disposition du prêt de livres numériques au sein des bibliothèques françaises, l'excitation générale est plus ou moins retombée. Un premier point d'étape a été fait par le MOTif, Observatoire du livre en Ile-de-France, sans que de véritables données chiffrées soient disponibles pour le moment.

 


Bibook, à Grenoble

 

 

Il s'agissait surtout, du côté du MOTif, de présenter l'offre aux professionnels intéressés, qu'ils soient bibliothécaires ou libraires. Car c'est bien la présence de ces derniers qui a d'abord été saluée au sein de l'offre PNB : l'association des libraires, qu'ils soient physiques ou numériques, avec l'offre de prêt numérique publique. 

 

Du côté des utilisateurs, l'offre s'avère satisfaisante, selon certains professionnels : Guillaume Hatt, ‎responsable du service informatique des bibliothèques municipales de Grenoble, soulignait ainsi que « le système de prêt en simultané existe uniquement en France, et représente un élément important qui correspond à l'ère numérique. On ne peut plus prêter un seul exemplaire numérique à la fois, pour les usagers. »

 

Pour être plus précis, des possibilités de prêt simultané existent ailleurs en Europe (Allemagne, République tchèque, Slovénie, Suisse, Irlande), mais il est indéniable que les licences françaises sont parmi les plus permissives.

 

Une démonstration a été réalisée lors du point d'étape du MOTif, et l'utilisation du service de prêt, si l'on met de côté l'installation et la création d'un compte Adobe par l'usager, est effectivement plutôt simple. Il restera cependant à ajuster le nombre d'emprunts réalisables par l'usager : à Aulnay, par exemple, il est limité à 8 par mois, et, s'il est possible de retourner un emprunt avant sa date d'expiration, cela ne génère pas un crédit supplémentaire d'emprunt sur le compte de l'usager.

 

Par ailleurs, les offres devraient se développer dans les mois à venir. Feedbooks, via son application de lecture Aldiko, devrait faciliter la recherche de titres ou la gestion de comptes, et pourra également permettre de lire sur tablettes ou smartphones en évitant l'intermédiaire Adobe Digital Reader. Pour les plus anglophones, un catalogue spécifique sera bientôt ajouté à l'offre PNB, pour les bibliothèques partenaires.

 

Du côté des établissements, un bilan plus mitigé

 

Pour les établissements qui ont souscrit à l'offre PNB, le bilan est un peu moins resplendissant : si tous se réjouissent des nouvelles perspectives de dialogue ouvertes avec les éditeurs, un peu plus chaleureuses qu'une porte fermée, les difficultés demeurent. 

 

Au niveau des droits des usagers, par exemple, défendus et valorisés par nombre de bibliothécaires, parfois même plus que par les usagers eux-mêmes. Ainsi, il est impossible, sur les exemplaires prêtés, de copier un passage d'un livre ou d'en imprimer une partie. Certes, on imagine aisément les craintes des éditeurs vis-à-vis de la contrefaçon, mais un ouvrage papier n'empêchait en rien ce type d'exceptions au droit d'auteur, comme le droit de citation ou d'usage pédagogique.

 

De plus, les collections numériques des établissements de prêt risquent de ne pas forcément profiter de la manne proposée par PNB : nous ne reviendrons pas sur l'absurdité des licences d'utilisation, qui transforment l'achat d'un livre numérique en une simple location, et du risque qu'elles font courir à la pérennité des collections.

 

Même dans le cas où un établissement particulièrement bien pourvu pourrait mobiliser dans ses budgets les sommes nécessaires pour maintenir les exemplaires numériques, l'absence de différenciation entre les ouvrages best-seller ou tout juste parus, et des titres de la « longue traîne », ne permettra pas aux bibliothèques de constituer un fonds digne de ce nom.

 

Ainsi, une bibliothèque y réfléchira à deux fois avant d'acheter la licence d'un ouvrage important, mais peu emprunté : sachant que la plupart expirent au bout de 6 ans, ou 10 ans au maximum, il sera difficile de justifier la mobilisation d'un budget pour un taux de prêt aussi faible. À l'heure où l'on évoque l'adaptation du patrimoine au numérique, une telle politique semble absurde.

 

Ainsi, si la limitation du nombre de prêts total (30,50 au maximum) semble acceptable par la plupart des professionnels (elle est calquée sur « certains éléments de la gestion en bibliothèque des ouvrages papier », expliquait Guillaume Hatt, où un ouvrage papier est généralement remplacé au bout de 50 prêts), la limitation temporelle semble bien plus inconcevable.

 

Soulignons enfin que les professionnels de l'information saluent les outils mis à leur disposition : les interfaces de prêt de Demarque ou d'Archimed semblent satisfaisantes pour beaucoup.