Le prince Charles a abandonné Rushdie à l'époque de la fatwa

Clément Solym - 16.04.2014

Edition - International - Salman Rushdie - Martin Amis - Ian McEwan


Martin Amis se trompe rarement de cible, et ses déclarations font mouche, autant que ses romans frappent dur. Ce Gallois n'a pas sa langue dans sa poche, et il vient d'en rajouter une couche sur le prince de Galles. Ce dernier aurait tout bonnement tourné le dos à Salman Rushdie, après que le romancier d'origine indienne a été frappé par une fatwa. 

 

 

Salman Rushdie at the Asia Society

Asia Society, CC BY NC ND 2.0

 

 

C'est au cours d'un de ces dîners pince-fesses mondains que le prince Charles aurait déclaré, tout de go, qu'il ne saurait soutenir Rushdie, « si quelqu'un insulte les convictions les plus profondes de quelqu'un d'autre ». Amis assure avoir eu un entretien avec celui qui n'était alors que l'héritier du trône : « Je lui ai dit qu'un roman ne cherchait à insulter personne. Il vise à donner du plaisir à ses lecteurs. »

 

Et de poursuivre : « Un roman est une entreprise essentiellement ludique », et en l'état, Les versets sataniques « est un roman extrêmement ludique ». Le prince se serait rallié à l'avis de l'écrivain, « mais je suppose que, la nuit suivante, pour une autre soirée, il aurait dit la même chose », raconte-t-il à Vanity Fair

 

L'ayatollah Khomeini qui avait déclenché la vindicte contre Rushdie, aura plongé l'écrivain dans une période sombre, durant une trentaine d'années. Plusieurs soutiens étaient venus épauler Salman, comme Stephen King, qui avait apporté un certain réconfort.

 

À l'initiative de son éditeur, Viking, King avait appelé les responsables de la chaîne de librairie B. Dalton, avec cet ultimatum : « Vous ne vendez pas les Versets sataniques, vous ne vendrez pas Stephen King. » La librairie a viré de bord. « Vous ne pouvez pas arrêter la vente d'un livre sous prétexte d'une intimidation. C'est aussi simple que cela. »

 

Ian McEwan se souvient qu'il était, le lendemain de cette triste nouvelle, en compagnie de Rushdie. « Ce fut un moment très triste - debout, en train de beurrer du pain, et écouter ce message terrible à la radio. » Rushdie lui-même se rappelle de cet épisode : « J'ai été secoué, c'est certain, mais Ian est un homme aimant, et je pense qu'il était encore plus ébranlé que moi, par la violence du coup porté à son ami. »