Le Printemps arabe n'a rien d'une révolution, pour le poète Adonis

Julien Helmlinger - 19.06.2014

Edition - International - Poète Adonis - Printemps arabe - Laïcité


Le poète syrien Adonis, qui a quitté le pays dans les années 1950, donnait une conférence près de Caen, ce mardi soir. Selon l'AFP, l'écrivain installé en France depuis les années 1980 se rend régulièrement à l'Institut mémoires de l'édition contemporaine (Imec), à Saint-Germain-la-Blanche-Herbe, où il aurait l'habitude de confier des archives. L'occasion d'évoquer des questions liées au Printemps arabe, aux concepts de révolution comme de démocratie. Mais sans oublier de dénoncer une politique française qui « frappe les fondamentalistes dans un pays et les soutient dans d'autres pays », évoquant les cas du Mali et de la Syrie.

 

 

CC by SA 2.0 par AK Rockfeller

 

 

Pour le poète plusieurs fois pressenti pour le prix Nobel de littérature, en l'absence de laïcité et de libération de la femme dans les pays concernés, il n'y aurait pas de raison de parler de révolution ni même de démocratie en évoquant les mouvements du Printemps arabe. Il était notamment interrogé sur le cas de la Tunisie dont la nouvelle constitution a été saluée par la France et les États-Unis. Si le parti islamiste, « règne, ce ne sera pas une révolution » a-t-il affirmé.

 

Si on parle de démocratie dans ces contrées comme en France, Adonis, lui se demande toujours où se trouve cette démocratie dont on cause. « Ceux qui prétendent faire la révolution n'osent pas même prononcer le mot de laïcité et ne parlent jamais de libérer la femme. » L'écrivain, âgé de 84 ans, vient de publier un recueil d'articles intitulé Printemps arabes religion et révolution. Il estime que « tout ce qu'on appelle révolution n'est qu'un conflit pour le pouvoir ».

 

L'auteur souligne qu'il a été possible de séparer la religion de la société en France, mais rappelle que ce n'est pas encore le cas dans les pays arabes. « C'est notre problème actuel dans le monde arabe [...] On insiste sur le changement de régime [...] Mais si on ne change pas la société, on ne change rien [...] On remplace un tyran par un autre tyran. »

 

Au sujet de son pays natal, la Syrie, le poète Adonis a soutenu que « ce qui se passe, c'est du massacre. Une révolution doit être indépendante et sans violence pour enraciner les principes de la démocratie ». Un peu comme il en devrait en être de l'homme de lettres, selon lui. Accusé lui-même de complaisance avec le pouvoir en place, il a revendiqué : « Je ne suis pas et je n'ai jamais été du côté du régime syrien. J'ai quitté le pays. Un poète doit toujours être antirégime. »