Le Printemps de la traduction, in memoriam Bernard Hoepffner

Claire Darfeuille - 08.06.2017

Edition - International - Bernard Hoepffner hommage - Bernard Hoepffner traducteur - Le Printemps de la traduction


La manifestation littéraire organisée par l’Atlas, Association pour la promotion de la traduction littéraire, pour favoriser la rencontre entre les traducteurs et leurs lecteurs s’est ouverte hier à la Maison de la poésie par un hommage du monde des lettres à Bernard Hoepffner, traducteur de renom, récemment disparu en mer.  Le Printemps se poursuit jusqu’à dimanche dans les librairies et bibliothèque partenaires et à l’hôtel de Massa.

 


 

Bernard Hoepffner aurait dû inaugurer cette 3e édition du Printemps de la traduction par une conférence sur Jean Gattégno, directeur du Livre et de la lecture de 1981 à 1989 et premier traducteur à occuper cette fonction, mais la mer en a décidé autrement. Emporté par une vague le 6 mai dernier, le talentueux traducteur, deux fois récompensé par le Prix Laure Bataillon, a laissé la communauté des traducteurs sidérée par sa soudaine disparition. Sur son site, les messages d’amitié se multiplient, comme autant d’expressions de la profonde tristesse de tous ceux qui l’ont connu et de l’admiration suscitée par son travail d’artisan de la traduction, ainsi Jean Roubaud évoque « un très grand traducteur, comme il ne s’en rencontre guère plus d’un ou deux par siècle ».

 

Mercredi soir, l’émotion était intense à la Maison de la Poésie où se sont succédé sur la scène huit compagnons de route de Bernard Hoepffner venus rendre hommage au traducteur devant une salle comble. Santiago Artozqui, actuel président d’Atlas, a évoqué l’immense traducteur « amoureux des contraintes et des défis » et l’infatigable « découvreur de textes », pouvant se battre des années pour faire connaître un auteur ou un livre. Puis, Jörn Cambreleng, directeur du collège des traducteurs à Arles, a pris sa suite pour lire des extraits du dernier roman écrit par Bernard Hoepffner intitulé Portrait du traducteur en escroc (dans sa version anglaise, car écrit par l’auteur dans les deux langues, Portrait of the translator as chameleon).
 

Un traducteur qui ne ressemble à aucun autre

 

Cette lecture et celle par la suite de Agnès Desarthe, Mona de Pracontal, Paul Lequesne, Marie-Claude Auger et Anne Damour ont suscité une vive émotion, puisqu’il y est question d’un traducteur, mais « il ne s’agit en aucun cas du traducteur en général, du Traducteur Transparent, du Traducteur Passeur, d’un saint Christophe, mais d’un traducteur bien particulier, spécifique et qui ne ressemble à aucun autre : Frank Perceval Ramsey, lequel ne représente certainement pas l’ensemble de la profession », on y aura reconnu la générosité de Bernard Hoepffner, toujours prêt à partager son savoir-faire et ses conceptions de la traduction et du rôle du traducteur. Le personnage de Ramsey expose ainsi à ses collègues sa théorie du traducteur en tant qu’artisan, « Ramsey avait déclaré (selon ses mots, “l’artisanat est une tisane à l’art”) que le geste du traducteur ressemblait à celui du restaurateur d’objets anciens ».  

 

Malgré la tristesse générale, le chapitre intitulé « Questions non résolues » qui rassemble 42 questions que le personnage aurait aimé poser aux auteurs, a suscité des fous rires de sympathie de nombreux collègues, notamment lorsque Ramsey, puisant dans le vocabulaire du pêcheur et du séducteur, s’imagine : « Puis-je remplacer “Le poisson est-il abondant?” par “Cela biche-t-il?”, expression il est vrai un peu surannée — ceci pour de simples raisons d’allitération» ou bien encore lorsqu’il rêve de pouvoir demander à l'auteur : « Remplacer un de vos “il se peut que” un peu lassants par “il aurait pu échoir que”, est-ce vraiment un crime». Éternelles questions du traducteur qui désormais tel le personnage de Ramsey « vit dans le silence ». 

 

Un colloque sera consacré à « Bernard Hoepffner, traducteur » cet automne à l’université Sorbonne Nouvelle Paris III et le film réalisé par Henry Colomer sur son travail de traduction du livre de Mark Twain Les Aventures de Huckelberry Finn, dans le cadre du projet L’atelier du traducteur, sera mis en ligne prochainement par la revue En attendant Nadeau. D’autres hommages lui seront rendus cet automne au festival Vo-Vf, le monde en livre à Gif-sur-Yvette et aux Assises de la traduction à Arles.
 

Rencontres avec les traducteurs en librairies

 

Le Printemps de la traduction se poursuit jusqu’au dimanche 11 juin, avec plusieurs rencontres avec des traducteurs en librairies à Paris et à Gif-sur-Yvette, un atelier « traducteur d’un jour » à la bibliothèque Oscar Wilde (Paris 20), des ateliers professionnels le samedi matin à l’Hôtel de Massa qui accueillera également samedi à 14h15 trois traducteurs russe, allemand et italien de Georges Perec pour une table ronde sur « Traduire Perec et les écritures à contraintes ». Dimanche 11 juin à 17h, pot de clôture de cette 3e édition autour de la remise du prix de traduction œnologique de l’Ingénieur liberté au bar La Colonie (Paris 10).