Le Printemps de la traduction, les « auteurs derrière l’auteur »

Claire Darfeuille - 19.06.2015

Edition - International - Traduction littéraire - Printemps de la traduction - ATLAS


La première édition du Printemps de la traduction a rassemblé la semaine dernière la communauté des traducteurs et de nombreux lecteurs curieux de rencontrer ces « auteurs derrière l’auteur ». Dix lieux de la capitale ont accueilli lectures, ateliers, joutes de traduction et un pique-nique littéraire, avant-goût du festival Vo-Vf, la parole aux traducteurs qui se tiendra le premier week-end d’octobre à Gif-sur-Yvette.

 

 

Elodie Dupau, traductrice de Ricardo Adolfo, à la Librairie portugaise

et brésilienne, et Paul Lequesne, traducteur du russe.

 

 

Mettre les lecteurs en contact avec les traducteurs, telle était l’ambition de ce Printemps de la traduction qui a débuté à la Maison de la Poésie et dans sept librairies, jeudi 11 juin, pour finir sur les pelouses du parc de Gif-sur-Yvette, dimanche 14 juin. L’ATLAS, association pour la promotion de la traduction littéraire, invitait durant ces trois jours à célébrer la littérature étrangère à travers ses (indispensables) traducteurs.

 

Sept librairies partenaires

 

Sept romans ont été présentés dans les librairies partenaires par leur traducteur. Le public aura ainsi pu entendre Anne Damour, traductrice de Americanah de Chimamanda Ngozi Adichie interrogée par Mona de Pracontal, autre traductrice de l’auteure nigériane, ou encore Paul Lederer, traducteur des Aventures de Augie March de Saul Bellow qui répondait aux questions de Bernard Hoepffner, traducteur lui-même de plus de 200 ouvrages de l’anglais, de Mark Twain à Will Self, entre autres intervenants de ces rencontres, suivies d’un débat avec les lecteurs.

 

« Le traducteur est, avec le copiste, le lecteur le plus attentif d’une œuvre, les autres peuvent être distraits, sauter une page, le traducteur, lui, marche dans les pas de l’auteur », commentait Jean-Yves Masson lors de sa conférence inaugurale à la Maison de la Poésie où il a abordé la question du « statut du traducteur ». Écrivain, traducteur et responsable de plusieurs collections dont Der Doppelgänger, Jean-Yves Masson est en charge avec Yves Chevrel de la publication d’une Histoire des traductions en langue française chez Verdier. Il a notamment rappelé la longue tradition de dévalorisation qui poursuit la traduction en occident, depuis le fameux « Traduttore, traditore », qui abaisse au rang de traîtres les traducteurs, jusqu’à l’oubli fréquent de mentionner leur nom sur les couvertures des livres.

 

La soirée s’est poursuivie avec la restitution du travail de six jeunes traducteurs franco-portugais après six semaines de résidence au Collège des Traducteurs Littéraires à Arles qui offre toute l’année un espace de travail et de rencontres à des traducteurs du monde entier.

 

Jeux traductifs à l’hôtel de Massa

 

Le lendemain, plusieurs défis traductifs étaient lancés aux participants à l’hôtel de Massa, qui abrite la SGDL. Recomposer un poème à partir de la retraduction en français de ses versions étrangères, par exemple, ce qui s’avérera une mission impossible, ou plancher sur la traduction d’un jeu de mots dans un poème de Stevenson. Dans ce cas d’école proposé par Agnès Desarthe aux traductrices Mathilde Bouhon et Cécile Dutheil de la Rochère, la difficulté résidait dans la suite du texte, lequel rebondissait sur le lapsus auditif d’une mère à l’écoute de ce poème, celle-ci entendant « counterpain » (anti-douleur) là où il était question de « counterpane » (couette).

 

Plusieurs pistes ont été suivies, depuis l’exploration du champ lexical autour du « lit » jusqu’au déplacement du jeu de mot dans le texte. Toutes tentatives vouées à l’échec car « à l’impossible nous sommes tenus » rappelait l’intitulé de cette joute restée sans nette victoire. « Je donne ce texte tous les ans à mes étudiants en master, il me paraît un bon résumé de ce qu’est le métier », a expliqué Agnès Desarthe qui, dans sa propre version, avait inventé un « doux leurre » devenu avec le temps véritable « douleur ».

 

Daniel Arsand au service de la littérature étrangère

 

Il a fallu toute la douceur de Daniel Arsand pour calmer les esprits en ébullition après ces assauts d’inventivité. Au cours d’une rencontre à la SGDL animée par Benoit Virot, l’éditeur qui a dirigé la collection de littératures étrangères chez Phébus pendant plus de 15 ans, (Nouvel Attila), est revenu sur « les chances » qui ont jalonné son parcours, la « famille spirituelle qu’il s’est créée », l’agent Mary Kling qui lui mit le pied à l’étrier, Jean-Pierre Sicre qui l’a suivi même quand il ne partageait pas ses enthousiasmes et les traducteurs qui lui ont « amené des merveilles ».

 

Pour clore ce Printemps de la traduction, Pierre Morize et Hélène Pourquié de Liragif, organisateurs du Festival Vo-Vf, la parole aux traducteurs, avaient dressé table et nappe blanche sur la pelouse du parc de la mairie Gif-sur-Yvette qui jouxte leur librairie. Pour ce pique-nique littéraire, lecteurs et traducteurs étaient invités à déposer un livre (de littérature étrangère et traduit en français, il va sans dire) et a en choisir un en retour. L’échange de bons procédés s’accompagnait bien entendu de conseils de lecture et de discussions sous la ramure.

 

Le Festival Vo-Vf donnera de nouveau la parole aux traducteurs, du 02 au 04 octobre 2015, au château du Val Fleury à Gif-sur-Yvette pour sa troisième édition. La programmation, le thème des tables rondes et le nom des invités à venir sur leur page Facebook.

 

Retrouver le compte-rendu de la rencontre sur Tradzibao.