Le prix des archives de Gabriel Garcia Marquez tenu secret

Clément Solym - 12.12.2014

Edition - International - Gabriel Garcia Marquez - université Texas - Ransom Center


Le mois dernier, l'Université du Texas s'apprêtait à faire un joli chèque pour se procurer les archives de Gabriel Garcia Marquez. Mais depuis cet accord, elle refuse catégoriquement de communiquer le prix payé pour acheter ce trésor de la littérature. Une pratique peu courante : par le passé, l'établissement a communiqué ces éléments. Avec le risque que les enchères grimpent, désormais...

 

 

« Les vendeurs regardent régulièrement les prix d'un précédent accord, afin de fixer un tarif de vente plus élevé, qui nuit alors à l'université, et impacte les contribuables, qui aident à financer l'établissement », explique Gary Süsswein, porte-parole de l'établissement. Ainsi, communiquer le montant versé pour acheter les archives de Garcia Marquez aurait pour conséquence de faire grimper les tarifs pour de prochaines acquisitions, redoute-t-on.

 

L'université a même assuré qu'elle demanderait l'aide du procureur général du Texas, pour garantir que ces détails financiers resteront secrets, bien que l'on sache déjà qu'il s'agit de plusieurs millions de dollars. Pour exemple, le Ransom Center, qui dépend de l'université, avait versé 5 millions $ pour les documents des journalistes Bob Woodward et Carl Bernstein, qui étaient à l'origine du Watergate. 

 

Dans le même ordre d'idées, celles de Norman Mailer avaient coûté 2,5 millions $, et celles de Coetzee, acquise en 2011,1, 5 millions $. Les archives de Marquez comportent des manuscrits, et plus de 50 années d'écritures, ainsi que des correspondances avec d'autres auteurs à la réputation internationale. 

 

« C'est comme ouvrir une fenêtre sur le laboratoire d'un alchimiste de renom qui n'aimait pas toujours l'idée que ses recettes de potions soient connues. Elles nous montrent les faiblesses, les versions rejetées, les mots éliminés. On observe vraiment la lutte de la création », assurait Jose Montelongo, spécialiste de littérature latino-américaine à l'université.

 

Pour un prix Nobel de littérature – lauréat en 1982 –, le montant du chèque doit être impressionnant. La famille Marquez insiste pourtant sur le fait que la vente des archives n'a pas été faite au plus offrant, mais que la notoriété du Ransom Center, avec son département d'envergure mondiale, les a rapidement convaincus.

 

L'Associated Press avait sollicité une copie du contrat lors de l'annonce du 24 novembre, portant sur cette vente. Mais devant le refus, l'agence de presse a évoqué la législation texane, qui devrait permettre d'obtenir un regard sur les dépenses réalisées par l'établissement, au travers de fonds publics. La volonté de l'université, pour légitime qu'elle soit, pourrait ne pas résister à un conflit juridique. Et si c'est le cas, elle entraînerait un précédent grave, dans le contrôle des dépenses du gouvernement, en occultant un élément spécifique.