Le prix des livres, crucial pour les lecteurs : la preuve, l'ebook s'effondre

Clément Solym - 27.09.2016

Edition - Economie - livres ventes Amérique - éditeurs audiobooks ebooks - lecteurs format prix


L’Amérique est soudainement soucieuse. Rien à voir avec le débat Trump/Clinton. Non, bien plus grave : les ventes de livres qui ne se déroulent pas comment à l’accoutumée. Les achats de livres audio augmentent, l’ebook diminue... et les chiffres ne sont pas bons.

 

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Karyn CHristner, CC BY 2.0

 

 

Comme le dit le New York Times, la menace d’une apocalypse numérique semble en perte de vitesse. La diminution des ventes d’ebook rend le format moins effrayant que par le passé, tandis que les ventes de poches ont repris du poil de la bête. Alors pourquoi ce premier trimestre 2016 qui affiche un recul de 2,7 % du chiffre d’affaires ?

 

Globalement, tous les secteurs ont pris une claque, tout particulièrement les romans adultes. Les deux seuls segments qui résistent, et sacrément bien en regard de la déconvenue générale, ce sont les audiobooks en format numérique, + 35,3 %, et les poches, + 6,1 %. 

 

Comme toujours, ces données proviennent de l’Association of American Publishers. Autrement dit, une part représentative de ce que peut être l’ensemble de l’édition, certes, mais certainement pas l’expression globale de l’industrie du livre américain. Il suffit de demander à Amazon si les ventes d’ebooks ont si terriblement chuté pour s’en rendre compte. 

 

Évidemment, le premier trimestre n’est jamais une partie de plaisir. Et en 2015, près de 12 millions de livres de coloriage avaient rendu à une industrie de sérieuses couleurs – 1 million de vente en 2014, à titre indicatif. 

 

Le prix trop élevé de l'ebook, facteur détracteur

 

Michael Cader, analyste spécialisé, souligne que le vrai problème réside bel et bien du côté des ventes d’ebooks. Répétons-le : les clients américains ne se désintéressent pas du format numérique. Ils l’appréciaient tout particulièrement parce que cela permettait d’acheter des livres pas cher. Depuis les renégociations entre éditeurs et libraires, faisant suite à la condamnation d’Apple en justice, les prix ont remonté.

 

C’était une volonté de l’ensemble des groupes : parvenir à se débarrasser du célèbre ebook que vendait Amazon à 9,99 $, pour imposer un prix plus élevé, mettons 13 ou 14 $. Sauf qu’en fixant un prix – pas unique à l’image de ce que la loi Lang et sa petite sœur numérique ont produit en France – sur les ebooks, les éditeurs restent à la merci des revendeurs. Moralité, on aboutit à une offre ebook plus chère que celle de poche – et voici qu’en effet, on se croirait en France...

 

Sur différents titres, on découvre d’ailleurs qu’Amazon exerce la même intox pour les audiobooks qu’avec les ebooks, en proposant un prix de 0 $, si l’on passe par les solutions d’abonnement d’Audible. Un mois offert, pour un accès illimité. Pourtant, les prix unitaires des audiobooks en téléchargement ne sont pas si intéressants que cela. 

 

Depuis des mois que les ventes diminuent, les groupes éditoriaux US doivent pourtant bien mesurer ce qui leur arrive. La communication officielle est que les gens préfèrent finalement le papier, après des années à expérimenter l’ebook. Faux. Les gens veulent des livres moins chers, et sont disposés à en acheter – pour preuve, la croissance de l’ebook depuis 2007.

 

Vente d’ebooks : les mathématiques selon Jeff Bezos

 

 

En 2014, ce marché pesait 3,37 milliards $ – contre 966 millions en 2010. En 2015, il est tombé à 2,84 milliards $. Et l’année 2016 ne sera certainement pas, telle qu’elle est partie, celle d’un retour à des prix attractifs. 

 

Pendant ce temps, il existe deux marchés, peu sondés et examinés, qui doivent se frotter les mains. Celui des éditeurs indépendants, qui se lancent dans des politiques tarifaires plus raisonnables, et plus tentantes. Et celui des auteurs indépendants, qui se battent avec les mêmes arguments commerciaux. Problème : les premiers n’ont pas nécessairement l’exposition qu’Amazon offre aux seconds – notamment à travers Kindle Unlimited. 

 

L’année sera vraiment plaisante, car il faudra bien se demander, un jour ou l’autre, ce que deviennent des gens qui préfèrent télécharger des audiobooks, plutôt que d’acheter des livres numériques ou imprimés. La crise de l’alphabétisation en perspective ? Non, ce serait exagéré. Trés ?

 

via NY Times