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Le prix du livre envoyé par La Poste : Bercy et la rue de Valois harcelés

Clément Solym - 30.01.2017

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Les tarifs postaux pour le livre constituent une question récurrente, au sein de la profession ou ailleurs. Après un changement de politique tarifaire en janvier 2015, La Poste avait quelque peu chamboulé le Landerneau. Heureusement, une solution avait rapidement permis aux éditeurs de disposer d’une offre pour l’envoi de service de presse. Ce qui ne règle qu’une infime partie des problèmes.

 

La poste delivery bicycle

Rina Sergeeva, CC BY SA 2.0

 

 

Avec Frequenceo éditeurs, présenté en juin 2016, l’édition bénéficiait d’une solution qui se généralise, pour l’expédition d’ouvrages. Problème : cette offre ne couvre que le champ des envois non commerciaux. Autrement dit, l’avantage financier conféré, s’il est non négligeable, reste encore trop limité.

 

Car, tant pour les libraires que les petits éditeurs qui proposent de la vente à distance, le coût d’expédition est encore élevé. Et peut allégrement freiner le développement de ce modèle économique, pour les uns comme les autres.

 

L'Assemblée nationale se déchaîne (du livre)

 

En octobre dernier, la députée Dominique Chauvel mettait les pieds dans le plat, en affirmant : « La réglementation de La Poste ne permet pas l’envoi de livres au-delà de trois centimètres d’épaisseur limitant ainsi les tarifs bas à un nombre de livres restreint. » Or, « pour ce type d’envoi, seul Amazon reçoit les faveurs de La Poste qui est son client le plus important ». Ainsi, « la création d’un tarif préférentiel serait le bienvenu ».

 

L’idée a fait son chemin, et, durant la fin de l’année 2016, plusieurs autres parlementaires à l’Assemblée nationale ont emboîté le pas.

 

« L’ensemble de la filière considère qu’il est impératif de mettre en place le plus rapidement possible un tarif postal pour le livre, car force est de constater à nouveau que la rentabilité prend le pas sur les enjeux culturels et sur la diffusion de la connaissance », affirmait Alain Bocquet (Gauche démocrate et républicaine — Nord), interrogeant le ministère de l’Économie et des Finances, fin novembre.

 

De même, Stéphane Saint-André (Radical, républicain, démocrate et progressiste — Pas-de-Calais) s’adressait, début décembre, à la rue de Valois : « Les éditeurs, les libraires, les citoyens, doivent utiliser le tarif Colissimo. Il s’agit là d’un sujet majeur pour les petits éditeurs comme pour les libraires indépendants. » Et de demander qu’un tarif postal pour l’envoi de livres, qui ne soient pas des services de presse, soit instauré en France.

 

Bercy, Valois : tous les ministères sont sollicités

 

Quelques jours plus tard, Jean-Jacques Candelier (Gauche démocrate et républicaine — Nord) demandait à la ministre de la Culture si « elle compte agir rapidement pour garantir la diffusion de la connaissance et la circulation des idées en luttant contre ces tarifs excessifs décidés par La Poste qui a pourtant touché 990 millions d’euros sur trois ans au titre du CICE ».

 

Et à la même date, Patrice Carvalho (Gauche démocrate et républicaine — Oise) s’adressait à Bercy, reprenant amplement les interrogations de son confrère Alain Bocquet. Ajoutant que « toute la filière du livre est concernée, alors qu’elle est confrontée à de grandes difficultés compte tenu de la concurrence multiple des réseaux sociaux et d’Internet ».

 

Le 20 décembre, Thierry Lazaro (Les Républicains — Nord) et Laurent Degallaix (Union des démocrates et indépendants — Nord), frappaient une fois de plus, et respectivement, aux portes de Valois et de Bercy.

 

Le premier soulignait l’engagement des organisations professionnelles – le SNE, le SLF, la FILL, le CRL Limousin, l’association L’Autre livre et l'Association des éditeurs des Hauts-de-France. Mais il évoquait plus encore les acteurs de son territoire – le CRLL Nord-Pas-de-Calais et le CR2L Picardie. Toutes sont résolument engagées dans cette voie.

 

Et de poursuivre : « L’une des solutions à cette délicate problématique consisterait en la création d’un tarif postal destiné à l’envoi des livres en France (tarif déjà en vigueur pour l’envoi de livres de la France vers l’étranger, moins de 2 euros par livre) et serait dans l’intérêt des professionnels du livre comme pour les citoyens, qui vivent ce tarif postal excessif comme une véritable entrave à la diffusion de la connaissance. »

 

La culture n'a pas de prix, mais un coût

 

Son confrère apportait, lui, plus d’éléments chiffrés, mais arrivait avec un temps de retard. Son intervention portait en effet sur la hausse de prix de janvier 2015... résolue en juin 2016. Reste que les données que le député avance sont intéressantes : dans le cadre d’un envoi de livre, hors service de presse, « le tarif de l’envoi oscille à présent entre 8 et 12 euros par livre expédié. À l’échelle d’une maison d’édition par exemple, cela peut représenter près de 50 000 euros chaque année ».

 

Enfin, durant la trêve des confiseurs, c’est Jean-Pierre Decool (Les Républicains — Nord) qui se jetait dans l’arène, avec une note de sarcasme, bien enregistrée par la rue de Valois. « La culture dans notre pays n’a donc pas de prix, mais elle a visiblement un coût. Si les frais postaux d’envoi de livres continuent de s’accroître, ils risqueraient de restreindre dangereusement l’accès à la lecture et, plus largement encore, l’accès à la culture. »

 

Alors, à quand un tarif postal non prohibitif pour les livres ?