Le prix du livre fait rage en Suisse

Clément Solym - 08.02.2012

Edition - Economie - Suisse - prix unique - livre


C'est loin, le 11 mars, date du référendum qui se déroulera en Suisse, pour déterminer si le peuple accepte l'idée d'un prix unique du livre papier. Et les rebondissements ne manquent pas, surtout depuis les prises de position hasardeuses du ministre de l'Économie. 

 

Pour mémoire, Johann Schneider-Ammann (Parti libéral-radical) avait apporté, mais à contrecoeur, son soutien au projet de loi, estimant qu'il valait mieux un consensus global, que des des îlots de protestation. Sauf que depuis, le bonhomme s'est ravisé, et dans une magistrale galipette, a conclu que le livre vendu sur internet ne serait pas concerné par cette nouvelle mesure.

 

Très fort. Mais pas aussi fort que le franc, suisse, qui est également au coeur du problème. Selon Romandie, la question du prix unique du livre repose avant tout sur des questions économiques, et principalement les variations du taux de change. De fait, la majorité des ouvrages vendus étant importés depuis la France, il y a transaction entre deux monnaies... et forcément, des différences de prix.

 

Or, d'un côté, le côté italien de la Suisse n'a jamais connu pareille législation, de l'autre, la Suisse romande s'en est défaite en 1993, soit quatorze ans avant que la Suisse alémanique ne suive ne mouvement. 

 

Taux de change et Petits suisses

 

D'un côté, nous avons donc les partisans du Oui, à ce referendum, de l'autre, ceux du Non. Et chacun avance depuis des années ses arguments, tentant de faire plier le campa adverse. La pirouette du ministre de l'Économie consistait à faire valoir que seuls les ouvrages « ouvrages neufs rédigés dans une des langues nationales, édités ou commercialisés en Suisse, ou importés à titre professionnel », seraient concernés, précisent nos confrères. 

 

Une décision sortie du chapeau d'un mauvais prestidigitateur, rétorquent les partisans du Oui, pour qui toute vente de livre dans le pays devra être soumise à cette législation. On sait combien une législation donnant aux éditeurs de pouvoir fixer le prix de vente de leurs livres permet d'empêcher toute concurrence entre les librairies, et donc de favoriser les indépendants. Au moins sur une certaine période. 

 

Or, dans cette histoire de change, qu'est-ce qui changerait ? Eh bien que le prix imposé par l'éditeur ne pourrait plus varier, puisque fixé sur la couverture, avec interdiction d'en varier de plus des 5 % de remises légaux. Et par ailleurs, la présence d'un Surveillant des prix encouragerait tout à la fois au respect de la loi, mais surtout, à limiter les marges sur les produits importés. De quoi convaincre la Romandie, manifestement.

 

De quoi aider des indépendants face à de grosses chaînes, probablement, mais peut-être pas à faire le consensus, surtout chez les partisans d'un marché libéral...