Le procès de Kafka : un centenaire remarquable

La rédaction - 02.05.2014

Edition - Société - Franz Kafka - Le Procès - centenaire


Passionné de l'oeuvre de l'écrivain autrichien, Laurent Margantin vient d'ouvrir une nouvelle page dans l'histoire des oeuvres de Kafka. Le 11 août 1914, Franz Kafka commençait à écrire Le Procès, son oeuvre devenue la plus célèbre avec La Métamorphose, éditée par l'ami Max Brod en 1925 un an après sa mort. On célébrera donc cette année les premières pages écrites du Procès, probablement l'oeuvre qui aura le plus marqué - au point d'être adapté par Orson Welles en 1962, avec Anthony Perkins. 

 

 

 

 

En août 1914, quelques jours après le début de la Première Guerre mondiale, Franz Kafka commence la rédaction du Procès. Dans l'appareil critique de l'édition Fischer, Malcom Pasley écrit que les deux premiers chapitres composés ont été Arrestation et Fin, soit le premier et le dernier chapitre, mais qu'il est difficile de savoir par lequel il a commencé.

 

À partir de quelques indices peu probants, il suppose que Kafka a d'abord écrit le premier chapitre (semble-t-il dans le neuvième cahier de son Journal dont il aurait retiré les seize dernières pages), puis qu'il est passé directement aux scènes clôturant le récit. Mais le fait que le chapitre Fin - écrit d'un seul jet, avec seulement quelques corrections immédiates - soit placé au tout début d'un cahier peut laisser penser qu'il a en vérité commencé par écrire celui-ci.

  

C'est un texte que j'ai lu la première fois dans la traduction d'Alexandre Vialatte, comme un récit clos et achevé, sans savoir que chaque édition composait sa propre oeuvre à partir de dix chapitres écrits dans dix cahiers différents aux feuilles arrachées pour en composer des liasses rassemblées sans aucun numéro d'ordre.

 

Une oeuvre ouverte donc, à la composition surprenante puisque Kafka a commencé sans doute par en écrire la fin puis le début, se laissant ainsi tout un espace libre d'écriture au milieu, et pour nous lecteurs des parcours divers possibles à l'intérieur des parties composées et au-delà. L'écriture du Procès s'arrêtant un jour de janvier 1915, sans que Kafka n'y soit revenu par la suite.

 

Autre point qui rend l'écriture du Procès captivante parce qu'elle révèle un work in progress en réseau, où chaque page interagit avec d'autres pages : pendant qu'il écrit Le Procès, Kafka travaille également à La Colonie pénitentiaire, essaye d'achever le roman interminable Amérique tout en continuant de rédiger son Journal et à l'intérieur de celui-ci (ou dans d'autres cahiers) des fragments de récit, souvent des rêves, sans oublier les stupéfiantes lettres à Felice.

 

Je me propose donc de relire Le Procès dans l'édition critique la plus récente (et également à partir d'une édition des fac-similés des liasses) en plongeant ces fragments dans le processus d'écriture général qui est celui de Kafka (c'est aussi cela, der Prozess), chantier qui se déploiera au fil des mois, pourquoi pas jusqu'en janvier 2015...

Laurent Margantin

 

Sommaire (mis à jour au fur et à mesure des mises en ligne) :

Commencer par la fin (2 mai 2014)