Le projet satanique d'ouvrir 300 à 400 librairies Amazon ? Hmm...

Cécile Mazin - 03.02.2016

Edition - Librairies - librairies Amazon - ouverture Seattle - commerces physiques


Jeff Bezos aurait-il pris goût aux boutiques physiques ? L’homme qui a décidé de tout vendre, Jeff Bezos, a ouvert une première librairie à Seattle début novembre 2015. Et voici qu’une flopée de nouveaux établissements serait en projet. Début décembre, une douce rumeur laissait envisager qu’une déclinaison berlinoise du concept voit le jour. En réalité, plusieurs centaines pourraient émerger. 

 

Constructing Danbo

William Warby, CC BY 2.0

 

 

Sandeep Mathrani, directeur exécutif de l'agence immobilière spécialisée dans les centres commerciaux General Growth Properties Inc, expliquait en effet ce 2 février que la firme avait pour projet d’établir entre 300 et 400 librairies de brique et de mortier, sans apporter plus de précisions. Et évidemment, cela fait jaser. 

 

Alors que Barnes & Noble dispose de 640 établissements sur le territoire américain, et que l’autre chaîne, Books-A-Million, dispose de 255 emplacements, la venue d’Amazon ne manque pas d’intérêt. D’autant que la société s’est spécialisée dans les boutiques éphémères, qu’elle essaime ici ou là, pour assurer toujours un peu plus de visibilité à sa marque. 

 

Le Wall Street Journal qui rapporte le chiffre, n’a pas pu obtenir plus d’éléments sur ces centaines de boutiques à venir. Sandeep Mathrani aurait pu l’apprendre des dirigeants de la firme en discussion avec les agences immobilières. L’hypothèse est fragile. Intox ? Possible également : il faudrait des années pour qu’une société, même de cette dimension, parvienne à implanter ses librairies partout sur le territoire, embauche des salariés, et ainsi de suite. 

 

Ce qui doit rester à l’esprit, c’est que le modèle choisi à Seattle repose plus sur une dimension publicitaire, que véritablement marchande. « Amazon Books est un magasin sans murs – il y a des milliers de livres disponibles en magasin avec des millions d’autres disponibles sur Amazon.com. [...] Nous avons appliqué 20 années d’expérience de librairie en ligne pour construire un magasin qui intègre les avantages de l’achat en ligne et hors ligne », expliquait un communiqué.

 

Avec pour originalité de pratiquer les mêmes tarifs pour les livres physiques dans leur boutique que ceux que l’on retrouve en ligne. Et pour ne dépayser personne, les petites étoiles de notation, ainsi que les commentaires des utilisateurs sont également présents. 

 

Or, les libraires indépendants américains sont rapidement montés au créneau, considérant qu’une pareille méthode de vente était déloyale. Oren Teicher, patron de l’association des libraires, écrivait ainsi à ses membres : « Les libraires membres de l’ABA peuvent être assurés que votre association va continuer à rappeler aux éditeurs et autres vendeurs leurs obligations en vertu des lois antitrust, spécialement concernant leurs obligations de veiller que les stocks achetés selon l’ensemble de conditions déjà définies ne soient pas mélangés ou transférés à d’autres types de commerces. »

 

C’est que l’on ne serait pas à l’abri d’un abus de position dominante, avec l’ouverture de cet établissement.

 

L’une des hypothèses avancées par Mathrani pour expliquer les motivations d’Amazon à en ouvrir d’autres : selon lui, 38 % des achats en ligne pour ce qui est appelé matériaux souples – vêtements, produits comme les livres – sont expédiés vers des magasins physiques. De quoi couper les ressources de points de stockage ? 

 

L’histoire n’en reste pas difficile à avaler : la confidentialité autour des projets d’Amazon est toujours de mise, et il se pourrait bien que l’on soit face à une simple vilaine rumeur...