Le public face à l'impression à la demande, "technologie spectaculaire"

Clément Solym - 10.03.2015

Edition - Les maisons - impression demande expérience - Salon livre Paris - Presses universitaires France


Au cours du Salon du livre de Paris, les Presses universitaires de France ont choisi de confronter le grand public à une technologie révolutionnaire, l'impression de livres. Celle qui permet, en une dizaine de minutes, de réaliser un ouvrage de quelques centaines de pages, sous les yeux ébahis du lecteur.

 

 

HDR Espresso Book Machine

Ceci est une machine qui imprime des livres, si, si...

Politics and Prose Bookstore, CC BY SA 2.0

 

 

Une expérimentation grandeur nature de l'Espresso Book Machine sera donc présenté sur le stand de l'éditeur PUF, que l'on connaît plus spécifiquement pour sa collection de vulgarisation, Que Sais-je ?. Un catalogue de 400 titres, tiré de la fameuse collection, ou du fonds de philosophie, histoire ou sociologie seront exposés pour cette expérimentation. 

 

Le principe est avant tout de démontrer l'efficacité de cette solution technologique, de même que les petits plus qu'elle propose. En effet, le chaland pourra personnaliser son ouvrage, avec une dédicace numérique. « Par cette expérience emblématique, les Puf réaffirment leur vocation d'éclaireur pour mettre à la portée de tous, toujours, partout, et sous toutes les formes, les grands auteurs et les grands textes d'une maison d'édition à l'affût de l'innovation, dans le respect permanent de sa tradition humaniste et centenaire de diffusion du savoir. »

 

Une chose très spéctaculaire

 

Frédéric Mériot, directeur général de la maison estime que « cette présentation de la technologie spécifique au public, a avant tout quelque chose de spectaculaire ». En soi, l'impression à la demande est un sujet économique spécifique, mais qui n'est pas encore stabilisé en France ni en Europe. « Dans les pays anglo-saxons, on trouve un parc de machines dans les librairies universitaires, avec un modèle économique qui fonctionne. »

 

Au Salon du livre, l'expérience vise à éveiller la curiosité des lecteurs, en jouant sur l'approche grand public. « C'est un message, également, pour que dans les mois qui suivent, s'il faut développer cette technologie, nous soyons également ouverts à cette solution. » Il est vrai que découvrir le fonctionnement de l'Espresso Book Machine a quelque chose d'impressionnant, comme l'atteste cette vidéo :

 

 

 

 

Les PUF ont choisi d'ailleurs un certain nombre de livres, aux formats très différents, « représentatifs des ouvrages que nous publions. Avec une grande variété de titres, pour éprouver la technologie. Nous aurions pu aller plus loin, avec des milliers de titres, mais ce n'était pas nécessaire ». 

 

L'impression à la demande, plus loin du grand public, est un sujet qui touche de près les professionnels, et les auteurs, tout particulièrement. Avec l'apparition du contrat d'édition à l'ère numérique, cette solution technologie permet une exploitation plus suivie des œuvres, avec la condition qu'après deux années sans versement, l'auteur peut reprendre ses droits

 

« Cette approche juridique n'avait pas cours, voilà encore deux ans, et j'étais déjà un fervent partisan du cadre contractuel permettant de l'envisager entre l'éditeur et l'auteur », précise Frédéric Mériot. « Mais le Salon est surtout un espace grand public : nous serions ravis d'évoquer les modalités avec eux, mais je ne le crois pas. » 

 

Le lien entre numérique et espaces physiques

 

En revanche, une conférence sera organisée lors de la journée professionnelle du Salon, sous la thématique, La production sur le lieu de vente (PLV), pour une exploitation permanente et suivie du livre papier chez le libraire ?

 

« L'un des facteurs prédominants n'est pas tellement le coût de la machine en tant que tel, pour que se développe la technologie en France. Ceux qui commercialisent l'EBM peuvent proposer des solutions de leasing, à coûts variables. Le plus important est plutôt de savoir si les librairies pourraient s'engager, en mettant ces appareils dans les lieux de vente. Cet outil marchand y aurait toute sa place. Et démontrerait que le numérique n'est pas l'ennemi des points de vente : il existe, avec ces appareils, une réelle complémentarité. »

 

Et de poursuivre : « Bien entendu, cela vient perturber les routines de la chaîne du livre, dans lesquelles nous sommes tranquillement installés. S'il n'y a pas de partenaires disposés à jouer le jeu, cela ne fonctionnera pas. » 

 

Reste alors à anticiper et réfléchir les futurs usages, « sans brouiller les cartes de la propriété intellectuelle. Cette technologie doit se caler sur les lois du pays, c'est capital ». Comprendre : produire des ouvrages, puisant dans différents corpus, et différents textes, pour créer de nouveaux produits, « nécessite d'être très vigilant vis-à-vis des auteurs. Tout doit s'opérer dans le respect des règles de la Propriété intellectuelle. »

 

Avec la plateforme CAIRN, par exemple, les PUF proposent des achats par chapitre, ou des ventes par bouquets de titres. « Il faut mesurer les possibilités juridiques, avant de croire que l'on peut assembler n'importe comment les livres. Il y a un respect impératif de l'intégrité de l'œuvre. Pour l'heure, ce n'est pas du tout dans nos réflexions. »

 

L'expérience donnera également l'occasion de présenter ce que peut être l'économie du livre. « Le coût de revient, pour un certain type de livres – les ouvrages à faible rotation, par exemple... – deviennent plus attractifs à réaliser. En incluant le coût des invendus, du pilon et de toutes ces choses qui amputent la rentabilité d'un livre, l'impression à la demande offre de multiples perspectives. Cette machine en présentation sera un bon exemple. »