Le Qatar peut-il rester membre de l'Organisation internationale de la Francophonie ?

Nicolas Gary - 05.06.2017

Edition - International - Qatar soutien terrorisme - Qatar membre francophonie - Emmanuel Macron Qatar


Ce week-end a été marqué par une double tragédie : la première est celle de l’attentat de Londres. La seconde, ce sont les répercussions à Turin, où un mouvement de foule paniquée a fait 1500 blessés. Craignant un attentat quand un pétard a explosé, les spectateurs du match ont vécu un véritable enfer.


World Innovation Summit for Education - Qatar
Larry Johnson, CC BY 2.0
 

 

Depuis Londres, différents États – l'Égypte, les Émirats arabes unis et Bahreïn – ont décidé de sanctionner le Qatar, accusé d’être « un soutien au terrorisme ». L’Arabie saoudite et ses alliés ont choisi de rompre leurs relations diplomatiques avec le pays, partant de cette accusation de complaisance. Dans le même temps, plusieurs compagnies aériennes ont également annoncé qu’elles supprimaient leurs vols.

 

Depuis Doha, la capitale « entreprendra les mesures nécessaires pour mettre en échec les tentatives d’affecter sa population et son économie », assure-t-on.

 

 

Les organisateurs de la Journée du Manuscrit Francophone, événement littéraire international, se tournent de leur côté vers l’Organisation internationale de la Francophonie. En effet, depuis fin 2012, le Qatar compte parmi les membres associés de l’OIF – sans avoir respecté la règle qui impose de passer par le statut d’observateur.

 

Exclure le Qatar de l'OIF
 

Dans un communiqué, la JDMF s’explique : « Un membre de notre Comité de Sélection passait à cet endroit 30 minutes avant l’attaque. Nous sommes tous concernés et, au-delà de la révolte et de la peine que nous ressentons à chaque fois, nous sommes désemparés et ne savons pas comment nous mobiliser. » 

 

Alors que des États du Golfe tiennent donc le Qatar pour responsable dans leur soutien à Al Quaïda, aux frères musulmans et l’État Islamique, qui a revendiqué l’attentat de Londres, « condamnations et hommages  sont nécessaires, mais pas suffisants ». La JDMF estime qu’il « est temps de tarir toutes les ressources du terrorisme si nous voulons réellement l’éradiquer ».

 

Ainsi, elle lance un appel pour que « le Qatar soit exclu de l’Organisation internationale de la Francophonie dont il est membre associé ». Et de préciser que l’événement continuera de publier tous les auteurs francophones et de promouvoir l’écriture et la lecture « car seul le développement de la culture peut protéger les esprits d’idéologies mortifères ».

 

Une arrivée déjà houleuse 
 

Pour justifier sa présence au sein de l’OIF, le Qatar avait à l’époque affirmé que de nombreux expatriés francophones résidaient sur son sol – et que le pays finançait une radio publique en français. Pour autant, beaucoup évoquaient surtout une campagne de lobbying puissante et efficace. 

 

Michaëlle Jean, Secrétaire générale de la Francophonie

 


Or, un ancien administrateur de l’OIF, Clément Duhaime, avait rendu public qu’à l’instar d’autres pays, le Qatar n’avait pas réglé ses cotisations, depuis son adhésion. Les 3,3 millions € de dettes accumulés durant plusieurs années avaient finalement été réglés en février dernier, lors de la rencontre à Antananarivo. Il avait fallu menacer le Qatar de lui retirer son droit à s’exprimer durant les conférences pour obtenir le paiement. 
 

L’écrivaine d’origine camerounaise Calixthe Beyala avait posé la question : « Ils financent nos banlieues et j’ai pensé que c’était une très mauvaise chose ; que, malgré nos difficultés financières, je me passerais volontiers de leur argent, car, par cet acte, ils achètent nos enfants, leur conscience, leur liberté de pensée. On m’annonce dans les médias qu’ils achètent nos hôtels classieux, nos immeubles. Ils achètent en gros et en détail... le patrimoine français, mon patrimoine.

Et, à chaque fois, mon cœur se vrille. Je me sens dépouillée. Dénudée. Rasée. Je suis désespérée malgré les explications qu’on nous donne : “C’est à cause de la crise économique, vous comprenez ?” Non, je ne veux pas comprendre. Je me refuse d’adhérer à cette logique financière parce que, en ce qui me concerne, la question matérielle ne saurait supplanter la protection de nos sociétés et de ses valeurs.
 » (via Marianne, janvier 2013)

 

Mettre fin à la complaisance, disait Emmanuel Macron
 

Alors qu’il était candidat, Emmanuel Macron avait annoncé en avril dernier, qu’il mettrait fin « aux accords qui favorisent, en France, le Qatar ». Interrogé alors par BFM TV, il soulignait : « Je pense qu'il y a eu beaucoup de complaisance, durant le quinquennat de Nicolas Sarkozy en particulier. »

 

 

En outre, il garantissait qu’il ferait preuve de plus d’exigence « à l'égard du Qatar et de l'Arabie saoudite, en termes de politique internationale et pour avoir une nouvelle transparence quant au rôle qu'ils exercent dans le financement ou dans les actions qu'ils peuvent conduire à l'égard de groupements terroristes qui sont nos ennemis ».
 

Il ne fait pas non plus se méprendre sur les déclarations des différents États du Golfe : le désaccord entre l’Arabie saoudite et le Qatar dure depuis longtemps. Certes, les Émirats arabes unis cherchent à réviser leur politique et l’idéologie dominante de la monarchie. Mais l’islam politique a toujours été en lien avec les différents pays. (écouter sur RTL)