Le rachat des librairies Sauramps : entre 2,5 et 4 millions €

Nicolas Gary - 06.02.2017

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 La vente des librairies Sauramps sera définitivement le feuilleton de l’hiver. Un seul acteur est aujourd’hui en lice pour la reprise des établissements, mais à quel coût ? Selon différentes informations, le montant de ce rachat coûterait entre 2,5 et 4 millions €. Et ce, en dehors du rachat auprès des actionnaires.

 

Librairie Sauramps de Montpellier

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

S’il y a quelque chose de pourri dans le Royaume de Danemark, estimait Hamlet, quelque chose n’est pas clair sur les terres montpelliéraines. Dans un document consulté par ActuaLitté, les méthodes déployées par l’actuelle direction étaient largement mises en cause. Benoît Bougerol, l’un des deux repreneurs alors engagés, avait ainsi évoqué le « sentiment amer d’être instrumentalisé ».

 

Des demandes formulées dans des délais intenables ?

 

Pour justifier cette impression, il identifiait différentes demandes étonnantes émanant de Jean-Marie Sevestre, actuel patron de Sauramps. Ainsi, il aurait fallu « renoncer à la garantie d’actif et de passif », tout en apportant un financement de 400.000 €. Des demandes intervenant dans un délai presque impossible à tenir.

 

Si en matière d’actif, on peut passer rapidement, renoncer à la garantie de passif laisse dubitatif. Il s’agit logiquement d’une contention qui permet de sécuriser la vente pour le repreneur : elle lui confère une protection vis-à-vis de toute mauvaise surprise – arriéré Urssaf, dettes, ou tout tiers réclamant de l’argent sur la période antérieure. En somme, l’acheteur est prémuni, n’étant pas responsable du passif de l’entreprise qu’il achète.

 

« C’est totalement inacceptable comme clause, mais, surtout, cela montre en regard des délais imposés que le processus de vente s’effectue de manière étrange », insiste un professionnel. Certes, et d’autres choses s’ajoutent.

 

Entre 2,4 et 4 millions € à investir

 

Dans les garanties apportées par Benoît Bougerol, un plan de financement à la hauteur de 2,4 millions € avait été présenté. Ce dernier garantissait « les besoins en trésorerie, les travaux urgents et le déploiement » du projet exposé. À cela s’ajouteraient alors près de 400.000 € de passif. Avant même d’avoir acheté la structure aux actionnaires, la douloureuse se chiffrait donc à 2,8 millions €.

 

Or, selon toute vraisemblance, une somme de 180.000 € avait été proposée aux actionnaires. Et ces derniers demandaient que l’offre soit revue à la hausse. Selon nos informations, Matthieu de Montchalin, le seul repreneur encore en course, aurait de toute manière offert une somme supérieure.

 

La volonté des actionnaires semble alors confirmer le sentiment de son concurrent, quand il assurait : « Nous ne sommes pas présents sur le dossier pour faire monter les enchères, ou servir de marchepied à notre concurrent, avec la passivité bienveillante d’une partie des actionnaires. »

 

En matière de travaux, différents devis ont été réalisés. Pour ce qui est des investissements et des dettes, on ne dispose aujourd’hui que d’estimation. Selon certaines sources, le montant total de la reprise de Sauramps pourrait se chiffrer à 4 millions € – sans prendre en compte le montant de la vente elle-même.

 

Quid des économies de bonne gestion ?

 

Or, Benoît Bougerol pointait « des économies possibles », clairement identifiées pour les établissements (assurances, internet, expert-comptable, etc.) à la hauteur de 370.000 €. « Ces économies de bonne gestion auraient pu être appliquées depuis toujours et les pertes accumulées depuis 2009 n’auraient pratiquement jamais existé », explique-t-il dans un courrier adressé à Jean-Marie Sevestre. 

 

« Vous auriez pu, sans effort particulier, remettre à plat ces frais, faire vos devis et préparer ainsi la réussite d’une reprise, mais aussi, d’ores et déjà, la réduction des pertes actuelles. »

 

Sur l’exercice 2015, le bilan se chiffre à 26,3 millions de CA pour près de 300.000 € de pertes en résultat net – sur l'ensemble des quatre sociétés, incluant la holding SAS Mosaique, avec 229.000 € en 2015. Les propositions de Benoît Bougerol, et son analyse de la situation mettent les salariés en colère. « Sur l’année passée, le plan d’économie aurait donc remboursé les dettes et permis sur deux ou trois ans, de pouvoir remettre les établissements à flot ! »

 

Sans aucun retour de la part de Matthieu de Montchalin, sur les garanties apportées dans l’offre de reprise, les instances représentatives avaient réservé leur avis. Le 31 janvier, elles choisissaient de ne pas se prononcer et rédigeaient un courrier pour obtenir des précisions sur le projet de reprise. « Nous attendons des réponses précises, dans l’intérêt de chacun », nous indiquait-on.

 

Et personne n’exclut d’interpeller les pouvoirs publics : « Cela concerne deux librairies à Montpellier avec plus de 120 emplois. Et pour l’instant, personne n’est venu nous voir – que ce soit le maire ou l’adjoint à la Culture. C’est tout de même étonnant, un pareil silence. »

 

La question que personne n'osera poser reste alors : le bilan de 2016 serait-il plus douloureux encore qu'il faille le dissimuler ?