"Le rapatriement d'Interforum Benelux" à Paris finira bien par arriver

Nicolas Gary - 07.04.2015

Edition - Librairies - librairies Belgiques - tabelle distribution - livres lecture


La semaine passée, une information venue de Belgique traversait la frontière avec ses papiers bien en règle – de toute manière, avec l'espace Schengen, n'est-ce pas... Plusieurs libraires, et une représentation syndicale du métier s'alarmaient de la vente de Volumen à Interforum. Dans cette transaction, les livres importés de France risquaient de subir une augmentation de 12 % en moyenne, du fait d'une surtaxe appliquée, la tabelle.

 

 (merci Julie)

Baudoin, CC BY NC SA 2.0

 

 

 

Régis Delcourt, président du Syndicat des Libraires francophones de Belgique, expliquait à ActuaLitté : « Nous n'imaginons pas faire revenir en arrière, et nous retrouver avec des livres vendus plus chèrement. Il faut observer comment se passe ce rachat, mais personne ne tient à ce que des livres de prestigieux éditeurs subissent soudainement à 15 % d'augmentation. » Et d'autres avec lui redoutait l'hypothèse d'une hausse de prix des livres d'éditeurs distribués par Volumen, suite au rachat.

 

De son côté, Interforum Benelux justifiait cette tabelle, ou mark-up : « La tabellisation sert à financer les coûts de diffusion et distribution en Belgique : le groupe Editis a choisi de disposer d'une antenne, avec une équipe commerciale. » Et surtout, pour l'heure, les décisions commerciales ne seront prises qu'une fois le contrat définitivement signé. Les deux sociétés, La Martinière et Editis sont entrées en négociations exclusives, mais pour l'instant, rien.

 

Emmanuel Requette, de la librairie Ptyx, à Ixelles, avait pour sa part une autre approche : toute cette question de tabelle est, par essence, un non-sens. « Ce “débat” n'a pour moi aucune raison d'être. Il n'est utile qu'à ressentir le frisson de la peur que l'on crée. » Et d'ajouter : « Dans tous les cas, faire porter la responsabilité sur la seule distribution me semble une véritable erreur : toute la chaîne doit se montrer responsable. »

 

Ce qu'il faut comprendre est écrit en Filigranes

 

En Belgique, parler de librairies sans évoquer les cinq établissements de Filigranes, c'est une aberration. Et dans le cas présent, ne pas solliciter l'avis d'Alexis Chaperon aurait été regrettable. Si la tabelle est un surcoût propre à la Belgique « il se comprend historiquement, mais pour le client, comme le libraire, il n'a plus aucune justification intelligible ». 

 

Et d'ajouter, avec un large sourire : « Je n'aimerais pas être un libraire situé près de la frontière, pour avoir à expliquer à mes clients que c'est moins cher en France. »

 

Moralité : pourquoi se préoccuper autant de ce qui n'est pas du tout résolu ? « Ce à quoi il faut plutôt songer, c'est que quelqu'un, à Paris, finira bien par faire les comptes, et se demandera s'il est vraiment indispensable qu'Interforum Benelux soit maintenu. Nous sommes dans des logiques de groupes et de concentration : la question essentielle, me semble-t-il, c'est plutôt de savoir quand la consolidation du groupe Editis passera par un regroupement de ce pôle de distribution ? Dans la logique d'une recherche de rentabilité, cette présence en Belgique engendre des frais pour l'un comme pour l'autre... » 

 

L'autre étant Dilibel, la filiale de distribution de Hachette Livre. « Dans cette perspective, d'un rapatriement d'Interforum Benelux, Dilibel ne tardera certainement pas à suivre, et ce sera la disparition de la tabelle. »

 

Pragmatique, Alexis Chaperon, très pragmatique. « La logistique de distribution restera la même. De Poitiers à Paris, il doit y avoir la même distance que de Paris à Bruxelles [fact checking : 30 km de moins pour Bruxelles...], les délais de livraison seront les mêmes, et la logistique ne changera pas. Et nous recevrons toujours la visite des représentants. Pas certain que d'avoir un entrepôt soit réellement plus profitable pour les deux groupes. »

 

Considérer qu'à plus ou moins longue échéance, les structures soient amenées à se regrouper n'a rien d'incohérent. « Le vrai risque, actuellement, pour les libraires belges, c'est la vente en ligne par des opérateurs américains. Parce qu'en refusant la tabelle, on précipite le client vers internet – et on prendrait un véritable risque, celui de se priver de clients. »

 

D'ailleurs, il reconnaît que cette tabelle « n'a plus de sens, depuis longtemps, mais effectivement augmente le chiffre d'affaires de librairies. Artificiellement, mais c'est parfois bien pratique d'avoir gagné quelques euros en plus ». Par exemple, lors du prochain rendez-vous avec son banquier...

 

« Mais attention : ne me faites pas dire n'importe quoi. Nos relations avec Interforum Benelux ou Dilibel sont bonnes. Et leur système actuel fonctionne bien. Sauf que nous avons un peu de poids, et que si nous avons besoin de nous faire entendre, nous pouvons nous adresser directement à eux. » Le message est passé.