"Le régime islamique a pris fin du point de vue culturel et social"

Antoine Oury - 04.05.2015

Edition - International - Iran - politique édition culture - Sahar Delijani


Dès le 6 mai prochain, la Foire du Livre de Téhéran prendra place dans la capitale pendant dix jours. L'auteure irano-américaine Sahar Delijani, qui a signé le best-seller Les enfants du Jacaranda (publié en France par Albin Michel dans une traduction de Pauline Miller-Fleuret), estime, depuis la Foire internationale du livre de Bogota (Colombie), que le régime islamique n'a pas réussi à endiguer la vague culturelle et sociale portée par la jeunesse iranienne.

 

 

Frankfurt Buchmesse

Stand de l'Iran à la Foire du Livre de Francfort 2014 (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

 

Sahar Delijani est plutôt optimiste : « Avec cette jeunesse, il est quasiment impossible que les choses ne changent pas », affirme-t-elle. La République islamique, dirigée par Hassan Rohani depuis août 2013, ne serait pas parvenue à étouffer le mouvement d'émancipation : « la forte propagande » notamment imposée aux établissements scolaires, à base de « principes islamiques et moralistes » aurait échoué.

 

La vie de l'auteure semble pour toujours liée au régime actuel : Delijani est née dans la prison d'Evin, où ses parents sont alors détenus pour leur opposition au Shah. Ils deviendront rapidement des opposants au régime suivant, la République islamique d'Iran. « Le fait qu'ils aient été arrêtés, que mon oncle ait été exécuté en 1988, a changé pour toujours la vie de ma famille », explique l'auteure des Enfants du Jacaranda, son premier roman, traduit en 28 langues et distribué dans 70 pays, mais pas l'Iran.

 

« Aujourd'hui, on parle beaucoup plus, au moins hors d'Iran, des années 80. Mais j'ai l'impression que les gens ne veulent pas encore réellement parler, car c'est un sujet difficile. Et aussi parce que nous avons toujours le même régime », précise-t-elle à l'AFP.

 

Elle estime néanmoins, malgré ces difficultés vis-à-vis de la mémoire nationale, que le pays est en route vers plus d'ouverture, en témoignent les accords sur le nucléaire signés en novembre 2013. « Le régime islamique est terminé, il a pris fin du point de vue culturel et social. Il n'y a plus qu'à parvenir au même point politiquement », assure Sahar Delijani. Un processus de réforme à engager, signale l'auteure, qui estime que les Iraniens n'ont plus envie d'« une autre révolution ».

 

Lors de la Foire du Livre de Francfort 2014, un éditeur iranien nous avait confié qu'il restait extrêmement difficile de publier librement dans le pays. Pour chaque titre, un fichier PDF doit être envoyé au Ministère de la Culture, qui décide seul de l'autorisation de publier, sans que des critères précis de sélection ne soient fournis.