Le réquisitoire de Salman Rushdie contre Imran Khan

Clément Solym - 30.03.2012

Edition - International - Salman Rushdie - Imran Khan - Versets sataniques


Lors du Conclave India Today qui se tenait à Delhi les 16 et 17 mars, Imran Khan, joueur de cricket et politicien pakistanais, a refusé de participer à une conférence ou Salman Rushdie avait été invité. L'auteur des Versets sataniques a profité de l'occasion pour remettre quelques pendules à l'heure.

 

Imran Khan avait déclaré ne pas vouloir rencontrer Salman Rushdie, en raison du « mal incommensurable » que ce dernier aurait causé à la communauté musulmane.

 

 

Salman Rushdie, ravi que son adversaire lui ait cédé la place pour pouvoir lui permettre de transmettre son message, s'est tout d'abord attaqué à Imran Khan qu'il qualifie dans son discours d'un homme « de la vieille école ». 

« Un 'tort incommensurable' est causé à l'Islam par la présence d'Oussama Ben Laden au Pakistan pendant si longtemps, et par les sondages d'opinion qui montrent que 80% des Pakistanais voient Oussama Ben Laden comme un héros et un martyr pour l'Islam ; et par les preuves récentes fournies par Wikileaks contenues dans les emails hackés de la société Stratfor, emails qui montrent que l'armée pakistanaise et les officiers de l'ISI ont entretenu des contacts réguliers avec Oussama Ben Laden à Abbottabad.

Un 'tort incommensurable' est causé à l'Islam par des fanatiques comme celui qui a tué le père ce jeune homme (Aatish Taseer, écrivain et journaliste, ndlr), et par ceux qui ont couvert le tueur de pétales de fleurs quand il s'est rendu au tribunal. Un 'tort incommensurable', Imran? Ce genre de tort est mesurable. »

 

Dénonçant la mauvaise foi de son adversaire, il a déclaré être en vérité un genre de punching-ball pour ceux qui veulent cacher la réalité des difficultés que traverse le Pakistan à l'heure actuelle, menacé par l'extrémisme religieux.

 

Liberté d'expression

 

Il a dit être plus qu'impatient de s'expliquer avec Imran Khan sur le sujet épineux des Versets sataniques.

« De plus, Les Versets sataniques est un livre que, je peux parier presque sans risque dessus, Imran Khan n'a pas lu. À l'époque où il faisait le play-boy à Londres, son surnom le plus employé était « Im le simplet ». La force de l'intellect qui lui a valu ce surnom est maintenant placée au service de son peuple, et son ennemi, il semble que ce soit mon livre. Si Imran a très envie qu'on se dispute au sujet des mérites littéraires des Versets sataniques, je serais heureux de le rencontrer lors d'un débat à ce sujet, quand et où il le souhaite. Enfin, peut-être pas n'importe où. »

 

La liberté d'expression est en danger, selon l'auteur des Versets. Il est bien placé pour le savoir, puisqu'à un autre rassemblement à Jaipur, peu de temps auparavant, il n'a pas eu le droit de se présenter, pas même par le biais d'une webcam. Si à Delhi, il peut enfin s'exprimer, c'est un peu une revanche sur les mises à l'écart qu'il subit depuis des années. Rapprochant la tradition des Lumières des principaux courants littéraires et philosophiques indiens, il souligne que la liberté d'expression y est dans les deux cas célébrée, pas étouffée.

« Des voix sont priées de se taire. Des éditeurs sont effrayés de publier. Des galeries ont peur d'exposer certaines formes d'art. (...) L'infuence froide de la violence est bien réelle, et elle ne cesse de grandir dans ce pays. »

 

 La violence, semble-t-il, réside aussi dans l'absence de réaction, dans l'apathie, dans l'indifférence, tout autant que dans une attaque directe. À bon entendeur...