Rentrée littéraire : La fashion week des libraires


Nasr Eddin Hodja, le « Socrate en sabot » est de retour, avec son âne, son turban et sa langue bien pendue dans Les sages inepties de Nasr Eddin Hodja (Albin Michel, à paraître le 1er septembre). A cette occasion, le festival Vo-Vf, le monde en livres – la parole aux traducteurs invite celui qui se consacre à la collecte de ses histoires depuis près de 30 ans, Jean-Louis Maunoury.
 

 

Il fait rire le monde turc, perse et arabe et c’est pour que « l’esprit occidental puisse se délecter de ces feintes soties comme on le fait en Orient depuis des siècles » que Jean-Louis Maunoury collecte les histoires de Nasr Eddin Hodja et poursuit sa recherche de celles encore inédites. Dans les années 90, Jean-Louis Maunoury, professeur agrégé d’économie et écrivain, découvre par le biais d’une délégation turque invitée à l’UNESCO, les histoires de ce personnage mythique dont la renommée s’étend de l’Asie Mineure à l’Asie centrale (de l’Arménie à la Mongolie) et du monde arabe jusqu’aux pays balkaniques soumis à l’influence de l’islam.

 

Sa première histoire sera celle de la lettre, qui contient déjà les paradoxes dont Jean-Louis Maunoury continuera de se régaler et de régaler ses lecteurs, notamment dans Absurdités et paradoxes de Nasr Eddin Hodja (Phebus, 2006). Il se souvient du premier manuscrit envoyé à la maison d’édition Phebus célèbre pour son catalogue de littérature de voyage, et pour lequel il essuie un refus de publication de ces histoires jugées « pas terribles ».

« J’ai vivement protesté et Jean-Pierre Sicre m’a rappelé en expliquant que j’avais eu affaire à un lecteur occasionnel. » La collaboration sera ensuite étroite avec l’éditeur qui lui conseille notamment le présent de narration  en place du passé afin de souligner l’actualité de ces écrits du XIIIe siècle.
 

Nasr Eddin et son âne chevauchent une trentaine de langues

 

Depuis lors, le professeur d’économie, féru de spiritualité et de sagesse orientales, a rassemblé plus de 2 000 histoires après en avoir consulté bien plus encore, de la Turquie à l’Iran. Pour publier les meilleures, il apprend même le turc, « avec beaucoup de naïveté », dit-il à présent, en fait traduire de l’ancien ottoman ou encore du russe, car Nasr Eddin et son âne — cheval, bœuf ou chameau selon les latitudes — chevauchent une trentaine de langues, on trouve même certaines histoires colportées par les Ouïghours de Chine, peuple turcophone et musulman de la région du Xinjiang.

 

Mais c’est en Turquie que Nasr Eddin est de loin le plus populaire. « On trouve son image sur tous les pots de yaourt », note Jean-Louis Maunoury. L’ancienne Anatolie abrite d’ailleurs son tombeau, dans la ville de Akshéhir où le plus fou des sages (ou l’inverse) serait né en 1209 et mort en 1284.

Son mausolée est à l’image de son enseignement, une porte fermée à double tour sur quatre colonnes dont trois côtés sont ouverts à tout vent. Interrogé par Leili Anvar sur le rôle de l’humour dans l’enseignement spirituel, Jean-Louis Maunoury rappelle que Nasr Eddin est considéré comme « l’ombre comique du grand mystique Djâlal-ud-Dîn Rûmî » et rapproche ses histoires les plus scandaleuses de « La voie du blâme » prêchée par la secte soufie des Bektashis qui cherchaient la vérité en préférant « le scandale à l’honnête modestie, l’ivrognerie à la tempérance, la fornication à la chasteté »…

 

Impudique, scandaleux, paradoxal

 

Pour son intervention au festival Vo-Vf, le monde en livres — la parole aux traducteurs, Jean-Louis Maunoury a choisi de mettre en avant les histoires encore méconnues, car souvent censurées, celles où Nasr Eddin se montre le plus impudique, irrévérencieux, scandaleux ou paradoxal. Il mettra aussi en lumière les récits où il est question de langage et de traduction, le tout premier étant la fameuse histoire de la lettre. 

 

Il évoquera aussi la « manière de démaquillage » qu’il a opérée sur l’œuvre pour retrouver le modèle offert par les conteurs populaires. Une approche qu’il qualifie de « non scientifique », mais « de sympathie poétique » et qui cherche « à faire partager son enthousiasme en trichant le moins possible sur les termes du discours ».

 

A découvrir le samedi 30 septembre de 16h à 17h au festival Vo-Vf, le monde en livres – la parole aux traducteurs à Gif-sur-Yvette. Ouvert à tous et gratuit, réservation conseillée.


Jean-Louis Maunoury – Les sages inépties de Nasr Eddin Hodja – Editions Albin Michel – 9782226327031 – 6,90 €


Pour approfondir

Editeur : Albin Michel
Genre :
Total pages : 208
Traducteur :
ISBN : 9782226327031

Les sages inepties de Nasr Eddin Hodja

de Jean-Louis Maunoury

La renommée de Nasr Eddin s'étend du monde arabe aux pays balkaniques, en passant par l'Asie mineure et centrale. Tous les peuples qui connaissent ses aventures se sont approprié le mythique ouléma. Ukrainien, mongol, albanais, ou algérien, ce personnage est d'origine turque, et aurait vécu entre 1209 et 1284 à Ashkéhir, où il a sa tombe, vide. Voici rassemblées des centaines d'anecdotes, facéties, histoires drôles et/ou acides du Hodja. Ce volume d'inédits, qui fait suite aux précédents recueils publiés notamment chez Phébus où ils sont devenus des classiques instantanés, réjouit toujours autant par son irrévérence et sa sagesse paradoxale et joyeuse.

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