Le roman 'Jumper' : Régis de Sà Moreira fait des bonds

Clément Solym - 20.08.2012

Edition - Les maisons - Régis de Sà Moreira - rebondir - consciences


Dans les petits jeunes de la rentrée littéraire, Régis de Sà Moreira vient de présenter son dernier bébé : La vie. Une sorte d'exercice de style assez plaisant, qui fait rebondir le lecteur d'une pensée à l'autre, faisant ainsi entrer dans la tête de centaines de personnages. 

 

Le Diable Vauvert propose d'en découvrir un petit morceau, histoire de comprendre à quelle sauce on va être lectorisé :

 

Je suis sorti de chez moi à huit heures, j'ai marché au lieu de prendre le métro, je me suis marré en croisant un homme qui portait une télé…

 Je ne sais pas ce que j'avais de marrant, je portais une télé c'est tout, mais bon allez savoir ce qui passe dans la tête des gens. Cette télé commençait à me peser, j'ai décidé de la poser pour fumer une cigarette. Je n'avais pas de feu alors, j'en ai demandé à un homme qui était assis sur un banc…

 J'ai fouillé dans mes poches à la recherche de mon briquet et je lui ai donné du feu, il a eu l'air content. Je n'avais rien de concret à faire ce matin-là, j'en ai profité pour m'allumer une cigarette moi-même et je me suis mis à la fumer tranquillement. Mon téléphone a sonné, j'ai regardé qui c'était et je n'ai pas répondu… 

Ce salaud n'a pas répondu, j'ai hésité à lui laisser un message, mais je me suis dit qu'il pouvait aller se faire foutre. Je me suis approchée de la fenêtre et j'ai regardé mes voisins qui prenaient leur petit déjeuner…

 Le café était froid, les toasts étaient brûlés, ma femme ne disait rien. Je me suis levé pour faire chauffer de l'eau et je lui ai demandé si elle allait déjeuner chez sa mère…

 

Le livre fini, c'est un parcours assez amusant que l'on réalise, pris par la main par l'auteur. Le projet, dans ses vingt premières pages, a même un quelque chose de distrayant. De conscience en conscience, on se prend pour un super héros capable de traverser les esprits, mû par un fil de réflexions qui s'enchaînent happée l'une par l'autre, et prolongé. 

 

La vie, ou Que serais-je sans toi ?

 

La Vie de Régis de Sà Moreira

à retrouver dans notre librairie

Et vous revient à l'esprit ce vers d'Aragon, mis en musique par Ferrat : « Comme au passant qui chante, on reprend sa chanson », dans le sublime et furieux poème, Que serais-je sans toi ?

 

Pour les moins poètes, l'image la plus proche qui viendrait à l'esprit est celle du film Jumper, dans lequel un certain David Rice a la possibilité de ‘sauter' d'un endroit à l'autre, simplement en y pensant. 

 

D'ailleurs, en creusant le sujet, c'est bien là le principe : le narrateur, présent dans les vides entre deux paragraphes, qui agit bien comme un cavalier, ce terme d'électronique qui désigne le composant reliant deux broches, pour faire passer le courant. 

 

Notre narrateur, est complètement estompé ; il raccroche le fil des idées par trois petits points, qui lient les pensées, certes, dans un grand parcours. Le tout pour aboutir à une morale/ethique/conclusion qui tient en quelques mots : on n'est jamais seul, on est toujours avec soi-même.

 

Le problème, c'est qu'à force de faire des bonds, comme d'autres font des p'tits trous, on en chope vite un certain mal de mer.

 

Non pas que les paragraphes/pensées manquent d'attraits : certains sont même drôles, d'autres un peu grinçants, ou encore émouvants. Mais ça n'en reste pas moins un exercice de style. Et il faudra bien le considérer comme tel en attaquant sa lecture.