"Le Royaume-Uni doit imploser, pour la démocratie" (Irvine Welsh)

Antoine Oury - 08.09.2014

Edition - Société - Irvine Welsh J.K. Rowling - Trainspotting Harry Potter - indépendance Écosse


La question du moment, au Royaume-Uni, c'est celle de l'indépendance de l'Écosse, et il fait bon demander aux personnalités de tout bord quelle est leur opinion sur le sujet. Et les avis sont partagés, selon que l'on vienne d'Écosse ou de Grande-Bretagne. Ainsi, l'auteur écossais Irvine Welsh se présente en fervent partisan de l'indépendance, quand J.K. Rowling assure que cette décision politique risque d'affaiblir un pays où « le pétrole ne coulera pas toujours abondamment ».

 


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(Marcus Hansson, CC BY 2.0)

 

 

Outre-Manche, de nombreux acteurs de l'édition se sont exprimés sur le sujet, en référendum jusqu'au 18 septembre prochain. Pour la plupart, l'indépendance de l'Écosse laissait craindre l'instauration d'un taux de TVA sur le livre, actuellement nul au Royaume-Uni. L'auteure de Harry Potter, J.K. Rowling, avait déjà eu l'occasion de souligner son opposition à une indépendance, et elle a réaffirmé sa position en y apportant quelques arguments.

 

L'auteure avait fait don d'un million £ pour le camp du « Non », afin de communiquer plus largement sur les enjeux d'une indépendance : d'après elle, « on demande aux gens de jouer à un jeu avant d'en avoir donné les règles », référence au référendum public organisé jusqu'au 18 septembre. « Je voterais 'non' mais soutiendrais quelqu'un qui nous promettrait le 'Devo Max' [surnom donné à l'indépendance fiscale de l'Écosse, NdR] », a-t-elle toutefois précisé sur Twitter.

 

Le camp de l'indépendance a pu mettre en avant les solides apports économiques des ressources pétrolières de l'Écosse, mais l'auteure préfère ne pas laisser toute sa confiance à une source énergétique vouée à disparaître. « Si l'économie plonge parce que nous sommes à court de pétrole, ma famille sera en sûreté », admet l'auteure, « mais ce ne sera pas le cas de tous ceux qui pensent que nous pourrions être un pays entre la Norvège et l'Arabie Saoudite, une sorte de paradis socialiste », prévient-elle. Rappelons que l'auteure, malgré ses millions d'aujourd'hui, a connu la galère dans sa jeunesse, et s'était installée à Leith face aux difficultés économiques.

 

Que la bulle du pétrole éclate, comme dans la période 2012-2013, explique-t-elle, et « il n'y aura plus personne pour nous soutenir ». Les plus hauts revenus descendront dans le Sud, et, si le Parti travailliste y est installé au pouvoir, à Monaco, si besoin, analyse-t-elle. Elle déplore également l'absence de réponse à la crise économique de la part de Londres, qui « mérite ce retour de bâton ».

 

Des îles que plus rien ne relie

 

Probablement le seul point d'accord entre Rowling et Irvine Welsh, l'auteur de Trainspotting : fervent partisan du « Oui », et membre de la campagne pour l'indépendance de l'Écosse, il a martelé qu'« après 35 ans de néo-libéralisme, l'État britannique ne peut rien faire contre ça ». L'auteur écossais né à Édimbourg au sein d'une famille modeste pèse de tout son poids pour l'indépendance de son pays, et affirme que « le Royaume-Uni doit imploser en tant qu'État, afin que la démocratie puisse de nouveau faire route vers ces îles ».

 

L'ouvrage Trainspotting, de Welsh, laissait déjà deviner son regard sur le Royaume-Uni : l'action se déroulait au début des années 1990 et suivait un groupe de chômeurs héroïnomanes, dans un pays en crise. « Nous sommes colonisés par des branleurs. Nous n'avons même pas su être colonisés par un pays florissant. [...] Cela nous place au plus bas de l'échelle, au niveau du fumier de cette terre », faisait-il dire au narrateur du roman, Mark Renton.

 

D'après Welsh, plus rien ne relie les îles du Royaume-Uni, une alliance qui visait la prospérité dans un empire et sous une époque de développement industriel. « [T]out cela a disparu, aujourd'hui. Je crois que les îles reviennent naturellement à leur espace constituant, à présent. »