Le secrétaire d'Etat culture de Hongrie démissionne

Clément Solym - 14.06.2012

Edition - International - Hongrie - ministère de la Culture - démission


Frédéric Mitterrand avait pris l'habitude de valoriser son bilan en pointant qu'au Portugal, il n'existait même plus de ministère de la Culture. Peut-être sa remplaçante aura-t-elle plus de finesse, et évitera de comparer la rue de Valois au ministère hongrois de la Culture, qui est depuis hier privé de son secrétaire d'État.

 

En effet, Géza Szöcs, vient de présenter ce 13 juin sa démission, un signe de protestation ouverte contre le premier ministre, Viktor Orban, dont la politique culturelle laisse plus qu'à désirer. Sur le site officiel du ministère, le secrétaire d'État - et poète - s'explique : « Beaucoup de choses m'incitent à changer et à servir les valeurs que je considère importantes, sous des conditions différentes. »

 

Et pour l'opposition, ce départ devient une excellente nouvelle, désaveu manifeste de la politique du gouvernement, ainsi que le démontre un communiqué, traduit par l'AFP. « Avec Géza Szöcs, c'est un homme politique sans poids qui quitte le gouvernement. Son mandat a été caractérisé par des scandales, des nominations politiques dans le monde du théâtre et de l'opéra », considère le parti libéral de gauche Coalition démocratique (DK). Et d'ajouter : « Moins de livres ont été publiés, des salariés des musées ont été licenciés et la production nationale de films a pratiquement été supprimée. »

 

Même son de cloche, pour le mouvement écologique, pour qui ce départ implique une nouvelle chance de mener une politique culturelle décente dans le pays. « Le mérite de Szöcs en tant que poète a été détruit par son travail comme secrétaire d'État », souligne le LMP, n'oubliant pas que Géza fut un dissident alors que Nicolae Ceausescu était au pouvoir, durant la dictature communiste. 

 

Pourtant, le premier ministre ne semble pas accepter que son ancien responsable culture s'en aille trop loin. Dès la lettre de démission reçue, il a demandé que Géza Szöcs devienne son conseiller pour les affaires culturelles ; une manière de poursuivre la mission au ministère, où il avait pris ses fonctions en mai 2010.

 

« Je suis convaincu que grâce à la culture, nous réussirons à atteindre que les citoyens européens ne considèrent pas l'Europe comme étant qu'une union économique », avait déclaré Géza Szőc, en janvier 2011, à l'occasion d'un rendez-vous face à la commission culture du Parlement européen. Pour lui, la culture était « loin d'être un luxe, mais au contraire un générateur de croissance économique ». (voir EU2011)

 

Il n'a pour le moment pas confirmé qu'il acceptait la proposition du premier ministre. Laszlo L. Simon le remplacera à compter du 18 juin, tout à la fois au ministère, et à la Commission culture du parlement hongrois. L'homme semble plus favorable au premier ministre conservateur, étant député du parti Fidesz depuis 2010. 

 

 

 

Les propos de Frédéric Mitterrand, sur France Inter, émission du 11 mai 2012, quelques jours avant son départ : 

« J'ai réussi à préserver le budget de la Culture, et c'est quelque chose dont je suis très fier, excusez-moi de le dire. J'ai réussi à préserver le budget de la Culture en France, qui a été un peu raboté sur les bords, mais vraiment très très peu, en jouant notamment sur les fonds de roulement de certains établissements publics - mais personne ne l'a senti - j'ai réussi à sanctuariser le budget. Et regardez ce qui s'est passé dans les autres pays d'Europe : au Portugal, on a même supprimé le ministère de la Culture. » (voir notre actualitté)