Reconnaître les auteurs autopubliés, parce que "l'édition évolue très vite"

Clément Solym - 04.02.2015

Edition - International - auteurs indépendants - autopublication écrivains - Amérique créateurs


La Science Fiction & Fantasy Writers of America vient de modifier les statuts de son organisation, pour désormais s'ouvrir aux auteurs autopubliés. À compter du 1er mars 2015, les nouvelles conditions d'adhésion seront modifiées, avec des éléments particulièrement concrets pour opérer une sélection, malgré tout, des auteurs. La consultation auprès des membres avait débuté en juillet 2014, comme nous le rappelions ce matin. 

 

 

 Cat Rambo, présidente de la SFFWA

 

 

Pour devenir membre actif, il leur suffira de faire état d'un roman qui leur aura rapporté au moins 3.000 $, ou d'une nouvelle de 10.000 mots minimum, qui leur aura rapporté au moins 6 cents par mot. Pour devenir membre associé, il leur suffira de mettre en avant au moins une histoire de 1000 mots, avec un revenu totalisant là aussi au minimum 6 cents par mots.

 

Dans le domaine, un petit calcul permet d'appréhender facilement la situation : 3000 $, lorsqu'Amazon via Kindle Direct Publishing propose 70 % de droits d'auteur, ce sont 4285 $ de ventes de livres qu'il faut opérer. Soit, avec un ebook vendu 10 $, moins de 450 exemplaires à vendre. 

 

La SWFA a d'ailleurs un passé assez tumultueux avec certains écrivains indépendants. Et notamment lorsqu'au plus chaud des tensions entre Hachette Book Group et Amazon, un certain Douglas Preston, anti-Amazon convaincu, était brandi comme un porte-parole de luxe. 

 

Cat Rambo, présidente de la SFFWA et Prix Nebula de la meilleure nouvelle courte (2012), jointe par ActuaLitté, assure que, « comme la plupart des changements qui interviennent dans l'organisation, celle-ci a été motivée par les membres. Un comité a évalué la situation, avec pour perspective de savoir si cette décision serait favorable aux membres. Quand il est devenu évident que ce serait le cas, nous avons posé la question ouvertement ». Verdict : 6 voix favorables contre 1...

 

« L'édition est en train de changer, plutôt rapidement. Alors que la publication traditionnelle reste une manière pour un écrivain professionnel de subvenir à ses besoins financiers, d'autres solutions sont apparues, y compris l'autopublication », souligne-t-elle. Et les critères financiers, nous l'avons vu, ne sont pas totalement délirants...

 

« Tout le monde est admissible, et nous avons eu des échanges avec d'autres organisations à travers le monde, qui ont connu des changements similaires, notamment l'Horror Writers Association, qui a eu l'amabilité de partager certaines expériences avec nous. » Et de conclure, un sourire dans la voix : « C'est un moment enthousiasmant pour le SFFWA. Je suis impatiente de voir quels changements interviendront cette année. »

 

Reconnaître les auteurs autopubliés, un enjeu pour tous

 

Dernièrement, ActuaLitté avait également sollicité le président de la Writers Union of Canada, John Degen. La WUC s'était également ouverte aux auteurs indépendants, en exigeant une démarche professionnelle strictePar exemple, « peuvent-ils apporter un exemple de montage professionnel, ou d'un plan marketing ? La première, et peut-être la plus importante, des qualifications est que les livres autopubliés démontrent une réelle intention commerciale ». Autrement dit que l'auteur(e) démontre une approche sérieuse dans la mise sur le marché de son œuvre : a-t-il eu recours à des correcteurs pour la relecture, un graphiste pour sa couverture, etc.

 

Et si l'Union se focalise sur ces points, c'est qu'elle reste méfiante à l'égard d'une trop grande frivolité dans la publication. « Si un écrivain n'a pas l'intention de mettre son livre sur le marché de façon sérieuse, nous ne sommes probablement pas l'organisation adaptée. Et je tiens à souligner que ce n'est pas un jugement de valeur sur l'écriture, ni le livre en question, ou encore l'écrivain. Nous essayons simplement de maintenir notre propre vocation, vis-à-vis de l'industrie, autour des auteurs qui abordent leur travail comme une profession. »

 

Cette décision n'est pas non plus conscrite au territoire américain : en France, nous apprenions d'Alain Absire, président de la Sofia, que la société de perception réfléchit également à ouvrir ses portes aux auteurs indépendants. Une révolution qui pourrait d'ailleurs s'accompagner de plusieurs changements d'envergure, comme la présence de leurs livres papier dans les bibliothèques. 

 

Plusieurs députés, et récemment la députée de Saône et Loire, Cécile Untermaier, ont soumis la question au ministère de la Culture. À ce jour, un auteur indépendant ne peut pas adhérer à une société de perception, et, donc, ne peut profiter de la rémunération accordée par le droit de prêt. Une injustice qui intrigue la députée, « dès lors que de nombreux auteurs de talent ne bénéficient pas de contrats d'édition et ne vivent donc que très difficilement de l'écriture. Elle contribue à créer un monde de l'écriture à deux vitesses ». 

 

La Société des Gens de Lettres nous confiait également qu'elle était en pleine réflexion sur les modalités d'accès à l'adhésion pour les auteurs indépendants.