Le site Richelieu de la BnF victime d'un incendie criminel

Antoine Oury - 26.10.2017

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De l'avis de tous, l'histoire aurait pu très mal finir : dans la nuit du 7 au 8 octobre dernier, après la Nuit blanche parisienne, un individu s'est introduit dans le site Richelieu de la Bibliothèque nationale de France pour y allumer un incendie criminel. L'homme a pu être appréhendé, et les dégâts sont limités à un bureau, mais cette effraction soulève des interrogations quant à la sécurité du site, en travaux jusqu'en 2020, au moins.

 
Salle Labrouste de la BnF Richelieu
La salle Labrouste, sur le site Richelieu de la BnF (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)
 


À l'occasion de la Nuit blanche, à Paris, l'Institut National d'Histoire de l'Art ouvrait les portes de la salle Labrouste, tout juste rénovée, au grand public, en proposant d'y découvrir une installation vidéo du duo italien Invernomuto. Au cours de la soirée, un individu est refoulé à l'entrée : quelques heures plus tard, il reviendra sur le site pour se « venger » de l'affront.

 

En effet, « au petit matin » selon une source proche du dossier, l'individu revient sur le site Richelieu de la BnF, attenant à l'INHA, et profite des travaux en cours pour s'introduire sur le chantier grâce aux échafaudages, qui n'étaient pas sous alarme, première faille de sécurité dans ce parcours.

 

Au cours de son périple, l'individu n'aura ainsi forcé aucune serrure : il pénètre dans le bâtiment par la porte d'un espace technique, avant d'entrer dans un bureau qu'il décide d'incendier. « Heureusement, les bâtiments sont équipés de détecteurs de mouvements et de fumée, ce qui a permis à la société privée qui gère la sécurité d'intervenir et d'appréhender l'individu. » Le bureau dans lequel le feu a été allumé, toutefois, est parti en fumée.

 

Si le pire a été évité, l'effraction soulève des inquiétudes vis-à-vis de la sécurité d'un chantier au long cours, voire de celle des bâtiments et des collections elles-mêmes. La première phase des travaux, commencée en 2011, a pris trois ans de retard, et la deuxième phase, tout juste commencée, doit finir en 2020, « mais il y aura aussi du retard » prédit-on.

 

L'autre faille de sécurité soulevée par cette effraction porte sur le système de fermeture et de serrures mis en place par l'Oppic, Opérateur du patrimoine et des projets immobiliers de la Culture : « Les personnels n'ont pas suffisamment de clés pour fermer et ouvrir les bureaux, et sont donc obligés de laisser certaines portes ouvertes, comme celle du bureau visité cette nuit-là », souligne une source.

 

Lecteurs de badges inopérants, ascenseurs trop permissifs dans l'accès à certains étages normalement réservés, voire un système général de sécurité qui plante, les failles de sécurité exposent le bâtiment. Et les collections qu'il abrite : certaines portes de magasins laissent des collections patrimoniales vulnérables, tandis qu'une température mal régulée et des fuites d'eau récurrentes achèvent d'inquiéter, sur place.

 

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« La BnF a récupéré trop vite un chantier qui avait fait du retard, sans prendre le temps d'effectuer des tests », déplore-t-on. « L'Oppic n'a pas donné un espace qui fonctionne, tout simplement. »

 

En 2013, déjà, un incendie avait attaqué 100 m2 de toiture, sur le site Richelieu, dans la zone en chantier. L'absence de détecteurs d'incendie avait été mise en cause, forçant l'Oppic à en installer dans les zones patrimoniales du site.

Contactés, l'INHA et la BnF n'ont pas souhaité répondre nos questions, tandis que l'Oppic restait injoignable.