Le SNE n'est pas l'édition : une rémunération juste n'est pas “une limite à la création” (SEA)

Antoine Oury - 17.02.2020

Edition - Les maisons - SEA syndicat editeurs alternatifs - edition syndicat - rapport racine bd


Président nouvellement élu du Syndicat des Éditeurs Alternatifs (SEA), Olivier Bron, cofondateur des éditions 2024, succède à Benoît Preteseille (éditions Warum et Ion). Et il s'attend à une année 2020 particulièrement chargée, marquée par la remise du rapport Racine et les premières actions du ministère de la Culture. Pour le SEA, il s'agira toujours, par ailleurs, de faire valoir une autre édition, de faire entendre une autre voix d'éditeurs.

FIBD 2020
Affiche présente à Angoulême, sur le stand de certains éditeurs...
(photo d'illustration, ActuaLitté, CC BY SA 2.0)


Un soutien plein et entier aux auteurs et autrices, ainsi qu'au rapport Racine et à ses conclusions : c'est ce que laisse transparaitre un communiqué de presse du Syndicat des Éditeurs Alternatifs (SEA), loin, très loin du ton alarmiste et vindicatif de Vincent Montagne, président du Syndicat national de l'édition (SNE), ou d'Antoine Gallimard, PDG du groupe Madrigall.

« Contrairement au SNE, nous ne pensons pas qu'une rémunération équitable soit une limite à la création », indiquent les éditeurs membres du SEA dans leur communiqué. « Nos finances ne nous permettent certes pas toujours de verser des avances sur droit conséquentes, mais nous préconisons un partage juste du produit des ventes. Aucune ni aucun artiste ne devrait signer un contrat d'édition si la part consacrée aux droits d'auteurs atteint moins de 10 % pour une version papier, moins de 50 % pour une édition numérique. Aucune ni aucun artiste ne devrait être amené à céder ses droits sans limitation de temps sur tous les supports présents ou à venir », poursuivent-ils.

Olivier Bron, nouveau président du SEA, se réjouit d'une année qui s'annonce « passionnante et intéressante », tant pour le SEA que pour l'ensemble de la filière, à quelques heures de la présentation de la feuille de route du ministre Franck Riester. « La chaine du livre actuelle mériterait d'être étudiée d'une manière aussi précise que la situation des artistes auteurs l'est par le rapport Racine », explique Olivier Bron, joint par téléphone. « La réponse la plus pertinente à la crise des artistes auteurs serait de réfléchir à la situation de la chaine du livre dans son ensemble. »

Pour le SEA, aucun doute, la sauvegarde et le statut des artistes auteurs sont des questions « primordiales » pour que de nouvelles créations puissent voir le jour, tout simplement : « Et elles portent autant sur la vitalité d'un maillon de la chaine du livre que sur le lieu où l'on se situe, dans l'édition industrielle ou dans l'édition de création. »
 

Péril en la demeure


Surproduction dans l'édition, concurrence de la grande distribution et de la vente en ligne pour la librairie, l'ensemble de l'écosystème du livre souffre de maux communs, parfois évoqués d'une manière partiale par le Syndicat national de l'édition (SNE), qui porte surtout la voix des grands groupes de l'édition. « Il serait intéressant d'obtenir une analyse véritablement poussée de la “fragilité” mise en avant par le SNE : je pense qu'il y a beaucoup plus de travailleurs bénévoles dans l'édition de création que dans l'édition industrielle », remarque Olivier Bron.

Faire entendre d'autres voix de l'édition, c'est l'enjeu. Le SEA, qui réunit une cinquantaine d'éditeurs, garde à cœur « la bande dessinée, les images narratives, les livres illustrés, de la jeunesse et de la micro-édition », mais pourrait s'ouvrir aux éditeurs de littérature, un « développement naturel » selon Olivier Bron. Ce qui ne va pas sans poser des questions d'ordres humain et logistique, pour organiser et coordonner les actions. 

Récemment, le SEA s'est ainsi concentré sur la mise en valeur des catalogues des éditeurs membres pour la vente de droits à l'étranger, pour jouir d'une visibilité plus grande sur les foires internationales, avec l'aide du BIEF (Bureau international de l'édition française). Des actions plus difficiles à mener si les membres se multiplient.

Au sein de l'organisation, en tout cas, un constat est fait : « Il y a une urgence à maintenir les conditions de la création : il est compliqué, aujourd'hui, de publier un livre qui sort des sentiers battus. Au sein du SEA, personne n'est solide. Et les structures qui sont complètement professionnalisées, qui publient des livres à risques, sont de plus en plus tributaires des aides du Centre national du livre. »
 
Une dépendance à l'aide publique à double tranchant : « Que l'État soutienne la création dans le livre ou dans le cinéma, cela ne me parait pas illogique : il s'agit de l'image d'un pays, de la fondation de son patrimoine culturel. Mais, économiquement, ce n'est pas rassurant », indique Olivier Bron.

Dans son communiqué, le SEA rappelle à cet égard que ses membres « soutiennent des livres qui ne répondent pas uniquement à des critères de rentabilité. Les aides à l'édition devraient se concentrer sur des structures qui luttent pour défendre une édition de création, hors des chemins battus et rebattus, et qui ne sont pas adossées à des conglomérats financiers. »

Le communiqué du SEA dans son intégralité :
 

Le SEA et le Rapport Racine


Le Syndicat des Éditeurs Alternatifs (SEA) a été créé en 2014 pour défendre une vision de l'édition ouverte à des livres différents, non formatés, durables dans le temps, régulièrement distingués dans les grands festivals de bande dessinée.

Un grand nombre des maisons d'édition aujourd'hui membres du SEA ont été créées par des auteurs ou des autrices souhaitant porter des projets singuliers en toute liberté. Qu'elles soient des sociétés, des associations ou des collectifs, toutes les structures du SEA accordent une importance prépondérante aux artistes.

Le rapport Racine nous paraît crucial pour rappeler que ces personnes travaillent sans véritable statut, souvent dans une précarité inacceptable et dans l'irrespect de leurs droits sociaux élémentaires (congés maladie, congés familiaux, retraite...). L'État français doit répondre concrètement à ces dysfonctionnements, accentués par les mauvaises gestions passées de l'AGESSA et de la MDA. La transmission à l'URSSAF doit se faire dans une plus grande écoute des associations représentant les artistes, et s'accompagner de mesures de réparations pour les errements passés.

Il est indispensable de mettre fin à des pratiques éditoriales abusives, que nous combattons notamment en proposant un modèle de contrat équitable depuis juin 2017, en libre accès sur notre site. Nos finances ne nous permettent certes pas toujours de verser des avances sur droit conséquentes, mais nous préconisons un partage juste du produit des ventes.

Aucune ni aucun artiste ne devrait signer un contrat d'édition si la part consacrée aux droits d'auteurs atteint moins de 10% pour une version papier, moins de 50% pour une édition numérique. Aucune ni aucun artiste ne devrait être amené à céder ses droits sans limitation de temps sur tous les supports présents ou à venir. Les aides à l'édition devraient être conditionnées à de telles pratiques. Contrairement au SNE, nous ne pensons pas qu'une rémunération équitable soit une limite à la création.

Le livre est un domaine culturel particulier qui doit conserver sa richesse et sa diversité. Les maisons d'édition regroupées dans le SEA soutiennent des livres qui ne répondent pas uniquement à des critères de rentabilité. Les aides à l'édition devraient se concentrer sur des structures qui luttent pour défendre une édition de création, hors des chemins battus et rebattus, et qui ne sont pas adossées à des conglomérats financiers. Le rapport Racine met en lumière la situation alarmante des auteurs et des autrices, mais la chaîne du livre dans sa globalité mériterait une analyse aussi poussée : c'est en effet tous les maillons de la création qu'il faut préserver – il faut ainsi soutenir d'urgence les librairies indépendantes face aux menaces que des mastodontes numériques, pratiquant l'évasion fiscale et l'exploitation sociale, font peser sur le secteur.

2024, Adverse, Arbitraire, L'Articho, L'Association, Atrabile, Belloloco, Bien, monsieur, Biscoto, Çà et Là, La Cafetière, La Cerise, La Cinquième Couche, Cornélius, Croc en Jambe, Delirium, Éditions du Blouson Noir, L'Égouttoir, L'Employé du Moi, Flblb, FRMK, Hécatombe, Ici-Même, Ion, Insula, Lapin, Le Lézard Noir, Matière, Même pas mal, Misma, Na, Nada éditions, L'Œuf, La Pastèque, Polystyrène, PLG, Presque Lune, Rackham, Radio as paper, Les Requins Marteaux, Les Rêveurs, Six Pieds Sous Terre, Super Loto, Tanibis, The Hoochie Coochie, Une Autre Image, Vide Cocagne.

Le bureau du SEA rassemble, depuis janvier 2020 :

Président : Olivier Bron (2024) ;
Vice-Présidente : Juliette Mancini (Bien, Monsieur.) ;
Secrétaires : Benoît Preteseille (Ion) & Matthias Rozes (L'employé du Moi) ;
Trésorière : Céline Merrien (L'Association) ;
Trésorière suppléante : Elsa Bourgain (Les Requins Marteaux) ;
Porte-parole : Jean-Louis Gauthey (Cornélius).


Commentaires
Qu'est-ce que cela fait du bien de lire un tel article !
Les réseaux sociaux révèlent un renouveau populaire de l'écriture. De toute évidence, l'édition traditionnelle n'est pas en mesure de faire valoir cette évolution radicale. Saurez-vous prendre le relais?
Certes, le rapport Racine demande une meilleure reconnaissance du statut d'auteur/autrice mais quelles seront les mesures concrètes pour aider les auteurs/autrices à vivre ?

Et si les actions de la SEA apportent une légitimité, le virage du numérique et l'explosion de l'auto-édition ne sont-elles pas une remise en cause du système traditionnel ?
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