Le spam décliné sous la forme d'ebooks prospère

Clément Solym - 17.06.2011

Edition - Economie - spam - ebooks - fermes


La contrefaçon prend une nouvelle tournure, dans le domaine du livre numérique. Alors qu'Amazon a ouvert l'auto-publication aux auteurs depuis quelque temps, des milliers d'ouvrages sont chaque mois commercialisés. Mais leur rédaction ne ressemble pas vraiment à ce que l'on connaît d'ordinaire...

Le problème des sites appelés Fermes à contenu devient récurrent : ces sites qui ne publient des articles que pour répondre à des requêtes Google, et générer des revenus, liés à la publicité, seront la prochaine cible de l'algorithme de recherche Panda, que Google met en place. Or, du côté de l'ebook, une recrudescence de livres utilisant du contenu Private Label Rights - typiquement celui des fermes à contenu - se fait jour.

Vendus pour 99 cents, ces ebooks sont une nouvelle forme de spam, ces emails frauduleux qui inondent nos boîtes email. Il se trouve même des ouvrages expliquant comment publier 10 à 20 ebooks pour Kindle, sans écrire une seule ligne et en recourant au système d'écrit, explique Reuters.

L'ampleur des dégâts

Sur l'année 2010, on compte 2,8 millions de livres - ebooks compris - publiés en dehors des voies traditionnelles, contre 316.000 ouvrages classiquement parus. Pour indicateur, l'année 2009 en comptabilisait 1,33 million contre 302.000, mais en 2002, on observait un ratio de 33.000 pour 215.000... La hausse est clairement vertigineuse, comme l'explique Albert Greco, spécialiste de l'édition à business school de l'université de Fordham.

Un accroissement de la production fantastique, certes, qui augmente l'apport de chacun au patrimoine, mais laissant néanmoins filtrer un très grand nombre d'ouvrages qui n'auraient jamais dû voir le jour. Les miracles de l'autoédition, en somme.

Parasitage et contrefaçon


C'est qu'avec le temps, les méthodes s'affinent, et plusieurs auteurs ont eu le plaisir de découvrir que leurs ouvrages numériques étaient commercialisés sous un autre titre - même pas toujours - et surtout, sous le nom d'un autre. Et la popularité de la plateforme de commercialisation Amazon n'a évidemment fait qu'accélérer la situation.

Or, le problème de cette nouvelle forme de spamming, c'est que justement, les ebooks Kindle incarnent aujourd'hui le modèle numérique. Au point que les analystes considèrent que cet environnement représentera 10 % du CA du marchand d'ici à 2012. (notre actualitté)

Si les premiers spammeurs ont défriché la voie, d'autres, et en masse, ne tarderont pas à s'engouffrer - et plus question de compter sur un algorithme de recherche pour filtrer les ouvrages authentiques, des simples pollutions mercantiles. (notre actualitté)

Pour Susant Daffron, président de Logical Expressions, il revient au marchand d'assurer un meilleur contrôle qualité des livres auto-publiés, sans quoi le commerce en pâtira... Le processus même de soumissions des ebooks devrait être largement revu pour empêcher ces livres de voir le jour.


bienvenue à la ferme des célébrités...

Mieux que le Dukan, le régime Spam


Depuis six mois, le nombre de livres spam - couverture refaite, titre et nom de l'auteur changés, a connu une forte croissance. Mais uniquement sur la plateforme Amazon, le système Pubit de Barnes & Noble ne semble pas encore atteint.

Or, l'un des enjeux réside dans le mode de paiement. Pour exemple, Smashwords paye ses auteurs sous trois mois, ce qui laisse le temps de démasquer des impostures. Au contraire d'Amazon, qui paye mensuellement, sans aucun recul pour le coup, explique le fondateur, Mark Cooker.

Mais pour Susan Daffron, si le consommateur est dans un premier temps la victime, comme toujours pour le spam, ils s'écarteront tout simplement de la plateforme, et le perdant sera définitivement Amazon. « Si les gens peuvent mettre en ligne 12 versions d'un seul livre, sous des titres, des auteurs et à des tarifs différents, s'ils en vendent un ou deux, ils peuvent faire beaucoup d'argent », conclut-elle...