Le tarif spécial livres, une obligation de service public pour La Poste ?

Nicolas Gary - 13.04.2018

Edition - Economie - tarifs Poste libraires - livres Poste éditeurs - vente distance livres


Dans le cadre du rapport d’évaluation présenté le 11 avril à l’Assemblée nationale étaient abordées les difficultés que posent les services postaux aux éditeurs et libraires. Le coût d’envoi des livres par La Poste a fait l’objet de multiples auditions, avec une perspective simple : et s’il fallait légiférer ?



ActuaLitté, CC BY SA 2.0
 

 

Examinant les impacts de la loi encadrant les conditions de vente à distance de livres, de juillet 2014, les rapporteurs Yannick Kerlogot (En marche) et Michel Larive (France insoumise) pointaient avant tout « la nécessité de défendre la bibliodiversité ». Certes, le prix unique est l’une des conditions impératives, mais encore faut-il que le public en ait conscience, et connaissance.

 

On peut douter, avec eux, que jamais un algorithme ne « soit en mesure de remplacer la connaissance fine des libraires », pour autant, ces derniers doivent disposer d’armes égales. 


Or, parmi les problématiques rencontrées, celle des tarifs postaux. Depuis février 2015, l’édition tout entière avait « un problème qui mesure trois centimètres ». En effet, pour envoyer un livre, il fallait passer par les tarifs Colissimo : le tarif Lettre était supprimé. 

 

Libraires et petits éditeurs, même combat
 

Pour les rapporteurs, deux problèmes sont soulevés : d’abord, en librairie, ensuite pour les éditeurs indépendants. Les premiers se retrouvent en effet contraints de soit refacturer les frais de port aux clients, soit de les assumer, « deux mauvaises solutions », résumait Yannick LerKergolot. La première, parce qu’elle conduit le client à être « tenté légitimement de passer par les plateformes internet quand il doit acheter ». La seconde, parce qu’elle réduit encore la marge du libraire.

 

Quand Amazon avait en effet changé son braquet pour se conformer à la loi de juillet 2014, le cybermarchand avait simplement appliqué 1 centime de frais de port. Et de la sorte, il rentrait dans les clous de l’interdiction d’une gratuité des frais de port, cumulée à la remise de 5 %. Difficile de concurrencer le vendeur, pour une librairie. 

 

« Le grand problème, c’est le portage : Amazon arrive à négocier des tarifs préférentiels avec La Poste en faisant une partie du travail », indiquait Michel Larive. Et d’affirmer que, sur la base des auditions, les libraires, grands ou petits, assurent que les coûts d’envoi d’un ouvrage tournent autour de 5 % du prix de commercialisation.

 

Pour les éditeurs indépendants, on le sait, la problématique est identique : certes, les marges sont un peu moins fragiles qu’en librairie, mais le coût d’envoi reste tout aussi problématique. Certes, pour les envois non marchands – les services de presse – une solution a été trouvée : Fréquenceo. Mais pour les ventes à distance, toujours rien. 

 

Comme pour la presse, La Poste pourrait être sollicitée pour prendre à sa charge une partie des coûts. Mais pour modifier ses tarifs, indiquent les rapporteurs, la structure aura « besoin du soutien financier de l’État : la distribution de la Presse lui coûte en effet quelque 900 millions d’euros par an selon les estimations de l’Arcep, tandis qu’elle ne lui rapporte qu’environ 400 millions d’euros. Néanmoins, l’État ne lui a versé que 120 millions d’euros en 2017, et prévoit de diminuer encore le niveau de la compensation en 2018 : le déficit dû à cette activité est donc de 380 millions d’euros par an, ce qui fait de la distribution de la presse la mission de service public la plus coûteuse pour La Poste ».

 

Alors quid ? Eh bien, la solution passerait possiblement par l’inscription dans la loi d’une nouvelle obligation de service public pour La Poste. La société n’est pas fermée au dialogue, expliquait-elle à l’occasion de son audition : simplement, elle réclame un regroupement des acteurs, pour traiter plus globalement les demandes. 
 

Un tarif juste pour l'envoi de livres,
pour “sauver les libraires et les petits éditeurs”

 

Ensuite, lui demander de soutenir l’envoi des livres, pour décharger libraires et éditeurs, impliquera que l’État vienne compenser les pertes d’un nouveau tarif livre – sans quoi, l’entreprise ferait face à « de grandes difficultés financières ». Pourtant, les corapporteurs préfèrent cette hypothèse à l’actuelle situation. Elle aura un coût pour les finances publiques, mais « serait plus vertueuse que la situation actuelle consistant à compenser les fragilités structurelles du secteur par des aides publiques. Une étude complète des coûts et économies attendues devrait être menée afin de mesurer l’impact que pourrait avoir une telle réforme ».

 

Attendu que le droit communautaire permet d’accorder des conditions préférentielles aux PME, une discrimination basée sur la taille des sociétés serait envisageable. « Limiter le champ des conditions tarifaires plus favorables aurait un double avantage : réduire le différentiel avec les conditions des grands groupes, déjà plus favorables, et réduire le montant que l’État devrait compenser au groupe La Poste. »


Reste qu'à l'heure où les services publics se trouvent passablement malmenés par le gouvernement, inscrire une nouvelle obligation pour La Poste ne semble pas la plus probable des approches.
 




Commentaires

question pourquoi avoir supprimé notre POSTELIVRE pourtant super pratique et super solide ?
Vu l'état des finances publiques (dette et déficit permanent des comptes de l'Etat depuis 1981), inscrire une nouvelle obligation pour La Poste n'est pas la plus probable des approches. Une autre approche pourrait être de fixer une rentabilité minimum pour l'activité colis-livres de La Poste, car je ne suis pas certain de la rentabilité nette de son contrat avec Amazon (générateur de CA mais à marge quasi nulle).
De la part de la poste c'est du pur BLA BLA! Le dépôt des paquets par les libraires dans les bureaux de poste ne coûterait pas plus cher, ceux-ci et leur personnel restant toujours les mêmes at les horaires d'ouverture itou! De Plus avoir du courrier supplémentaire ne peut que rentabiliser plus le service postal par le nombre (ils se plaignent de la baisse du courrier) Donc faire un tarif spécial "Libraires" ne leur coûterait pas un sou de plus et ne demande pas de contribution de l'état! C'est de la pure invention de la poste pour pleurer auprès du gouvernement!
Bref, il est urgent d'attendre !
Si on se réfère aux tarifs postaux en vigueur sur les lettres et colis, ce n'est pas 5% du prix de commercialisation d'un livre, mais bien entre 20 et 40% suivant le poids, l'épaisseur de

l'ouvrage qui passent dans l'envoi postal. Dès 100 g le tarif de base en lettre verte est de 3,20 €

pour des livres dont le prix est souvent de 10 à 15 € ttc. Dès 250 g on passe à 4,80 € pour des livres dont le prix de vente sera entre 15 et 25 € ttc. En Colissimo, obligatoire dès 3 cm d'épaisseur avec l'emballage (de très nombreux livres sont dans ce cas), le tarif postal s'échelonne de 5 à 7,65 € dans les valeurs courantes pour un ouvrage entre 250 g et 1kilo. Attention, la tendance lourde des tarifs postaux est l'augmentation accélérée des tarifs de base qui talonnent maintenant les tarifs Colissimo, et c'est bien par rapport à ces tarifs de base qu'il est nécessaire de créer un tarif postal accessible pour l'envoi de livres.
Le tarif Frequenceo pour les services de presse n'est pas accessible pour les petits éditeurs. D'ailleurs malgré de multiples demandes, je n'ai jamais reçu un complément d'information ni un contrat malgré ma carte pro et environ 1000 sp envoyés par an. C'est insuffisant selon la Poste. Frequenceo a été négocié par le Sne pour ses adhérents les plus gros et les plus riches. C'est lamentable.

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