"Le travail de l’édition est de transmettre au quotidien des savoirs, des idées”

Nicolas Gary - 06.01.2017

Edition - Les maisons - voeux 2017 édition - éditeurs profession auteurs - liberté expression France


Les vœux du Syndicat national de l’édition marquent le retour à une activité normale après la trêve des confiseurs. Vincent Montagne, le président, s’adressait hier à la profession. 2017 sera une année chargée, à n'en point douter.

 

Vincent Montagne, président du SNE - ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

Si la période des fêtes permet « de partager un temps heureux », c’est que « nous sommes confrontés dans notre monde à des exactions et un univers complexe et difficile ». En effet, « la souffrance est partout et particulièrement en ce moment, au Moyen-Orient, en Turquie ou en Europe ». Après Paris, Bruxelles et Nice, c’est la ville de Berlin qui a été frappée par un attentat fin décembre. La première pensée va ainsi « aux amis et collègues allemands, avec lesquels nous allons vivre une année 2017 de coopération culturelle et littéraire très particulière ».

 

La défense du droit d'auteur, "travail ardu"

 

Pour l’heure, les chiffres de l’édition pour 2016 ne sont pas encore communiqués – la réforme scolaire a entraîné une forte mobilisation des éditeurs pour la production de manuels. De quoi « apporter une activité significative au secteur, qui contribuera certainement à la stabilité de notre chiffre d’affaires ».

 

Sauf que « les chiffres ne sont pas tout », et le président salue « le dynamisme de toute une profession », incluant les libraires et les auteurs, bien entendu. « Les actions que nous menons portent en elles des enjeux qui nous concernent tous, et vont, bien sûr, au-delà des éditeurs ». Et en premier lieu, la défense du droit d’auteur et de la propriété intellectuelle, « un travail somme toute bien ardu, qui peut sembler étrange, quand le bon sens se heurte à une idéologie un peu mortifère ». 

 

C’est la Loi Lemaire, dite pour une République numérique, « un qualificatif idéologique et réducteur pour notre République », que l’on pointe tout d’abord. Le SNE se félicite que « de nombreux écueils ont été évités », bien que l’édition scientifique en France « sort inutilement fragilisée par cette obsession déraisonnable de réduire le délai de protection des droits ».

 

Du côté de Bruxelles, le projet de directive sur le droit d’auteur a finalement abouti à un texte « relativement modéré » – plus de peur que de mal. Loin de la lettre de cadrage de Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne, il n’en reste pas moins que le SNE poursuivra son travail pour que ne soit pas bouleversé « l’équilibre juridique et économique, qui permet aujourd’hui au créateur et aux éditeurs de vivre de leur travail ». 

 

De vrais motifs de réjouissance

 

Le maintien du taux réduit de TVA pour le livre numérique est un motif de réjouissance qui fait l’unanimité, « une grande victoire pour nous », que la France avait anticipée en se plaçant en violation de la directive européenne sur la TVA, justement. L’engagement du ministère de la Culture était par la même occasion salué.

 

Pas un mot en revanche sur ReLire et les œuvres indisponibles : Denis Mollat, président du Cercle de la Librairie, aura simplement expliqué que FeniXX poursuit ses activités, « mais il est dépendant du financement de la Caisse des Dépôts, et de la Cour de justice de l’Union européenne ».

 

2017 marquera le retour des négociations entre éditeurs et auteurs – le SNE et le CPE. Des points d’accord précis avaient été trouvés précédemment (la reddition de comptes et les retours), « c’est complexe, et nous n’étions pas sûrs d’y arriver ». Le prochain rendez-vous, fixé au 11 janvier entre les deux parties, poursuivra les échanges, tout en prenant le temps « pour trouver des solutions, afin qu’elles durent ».

 

Parmi les occasions de se réjouir, le site réunissant les ressources d’éditeurs juridiques, Ref-Lex, ou encore l’outil Clic.Edit, les Assises du livre numérique et l’effort constant sur l’accessibilité des livres de la rentrée littéraire. 

 

 

Garantir le pluralisme de chacun

 

Mais en cette fin d’année, la défense de la liberté de publication est probablement des plus importantes. Certes, il y eut la réorganisation juridique et statutaire de l’Union internationale des éditeurs : à l’échelle internationale, les valeurs que défend l’édition ont pu être mieux défendues. « Nous savons que, par le travail de l’édition, nous transmettons au quotidien des savoirs, des connaissances, des idées. Et nous défendons coûte que coûte la garantie d’un pluralisme que beaucoup de pays nous envient – et pour que nos enfants, demain, puissent encore y avoir accès. » 

 

La censure s’exerce toujours aisément, « au nom d’un pseudo intérêt supérieur, ou politique ou économique ». Créativité et dynamisme seront au cœur de 2017, donc. Mais également promouvoir l’attractivité de l’édition française à l’international, en association avec le BIEF. Il faudra aussi « continuer de rénover le salon du livre de Paris » : cette année, le programme portera sur les coulisses de l’édition, avec la création d’un Forum des métiers du livre. Le Maroc, en est, rappelons-le le pays invité d’honneur.

 

Et puis, il y a la lutte contre toutes les formes d’extrémismes, dans laquelle le SNE s’est « résolument engagé ». 

 

Année électorale, « il sera difficile d’échapper à l’élection présidentielle », et chacun des candidats, puis les équipes gouvernementales nouvelles, seront « sensibilisés aux enjeux de notre profession ». Et surtout, au maintien d’une diversité éditoriale, découlant de la liberté d’expression – que ce soit en France, comme à l’étranger. La liberté provisoire, et sous contrôle judiciaire, d’Asli Erdogan, ne doit pas inviter à se réjouir trop vite.

 

« Partout dans le monde, des auteurs, des journalistes et des éditeurs souffrent de persécutions ou sont emprisonnés, et même menacés de mort. » Et la collaboration autour de la Foire du livre de Francfort participera de l’action française pour combattre ces situations. La coopération éditoriale entre France et Allemagne prolonge les valeurs déjà communes aux deux pays : après le chinois, l’italien et l’espagnol, l’allemand occupe la quatrième position avec 967 titres cédés en 2015 – avec 43 % de BD. Une marge de progression existe, « pour créer une complicité littéraire entre nos deux pays ». 

 

Et un seul mot d’ordre : « Allier le pessimisme de l’intelligence, à l’optimisme de la volonté. » Citer Antonio Gramsci, intellectuel italien marxiste, emprisonné par le régime mussolinien, voilà qui est prometteur.